Tableau de communication pour renforcer les comportements positifs des enfants

« Arrête de crier ! », « Ne pousse pas ! », « Lâche ça ! » Ces phrases sortent toutes seules, surtout quand on est fatigué. Le problème, c’est qu’elles disent à l’enfant ce qu’il doit arrêter, sans lui dire quoi faire à la place. Ce tableau propose autre chose : remarquer les moments où ça se passe bien, et les décrire avec des mots précis, pour que l’enfant sache ce qui marche.

Dire ce qu’on veut voir, plutôt que ce qu’on ne veut plus voir

Un jeune enfant ne sait pas encore, la plupart du temps, comment obtenir ce qu’il veut sans arracher, crier ou pousser. Ce n’est pas de la mauvaise volonté : les zones de son cerveau qui permettent de freiner une impulsion et de chercher une autre stratégie sont encore en construction, et le resteront longtemps.

Quand on lui dit « Arrête ! », il comprend qu’il y a un problème. Mais il ne sait toujours pas quelle est la bonne façon de faire. Quand on lui dit « Tu peux me demander : est-ce que je peux l’avoir ? », il a un chemin. Et quand, plus tard dans la journée, on remarque à voix haute qu’il a demandé calmement, il voit ce chemin fonctionner.

C’est tout l’intérêt de ce tableau : les moments difficiles et les moments où ça va sont souvent liés. L’enfant qui arrache les jouets le matin est aussi celui qui demande poliment un verre de jus l’après-midi. C’est ce deuxième moment qu’on a tendance à laisser passer sans rien dire.

Décrire plutôt que juger

Remarquer ce qui va bien ne veut pas dire distribuer des « bravo » et des « t’es sage ». Ces formules disent à l’enfant que l’adulte est content, mais pas ce qu’il a fait. Et à force, elles peuvent l’amener à agir pour obtenir notre approbation plutôt que parce qu’il comprend l’intérêt de son geste. Les travaux d’Edward Deci et Richard Ryan sur la motivation montrent bien ce risque : une validation qui dépend de la conformité aux attentes de l’adulte peut devenir un moyen de contrôle, et fragiliser la motivation propre de l’enfant.

La piste la plus simple consiste à décrire : dire ce qu’on a vu, nommer l’effort quand il y en a eu, et laisser l’enfant constater lui-même l’effet de son geste. Carol Dweck a beaucoup travaillé sur ce point : un retour qui porte sur le processus (« tu as cherché une autre façon ») aide davantage l’enfant à progresser qu’une étiquette sur sa personne (« tu es gentil »).

En pratique

Au lieu de : « Bravo, t’es sage ! »

Essaie : « Tu as attendu ton tour au toboggan alors que tu avais très envie d’y aller. »

Le tableau : 5 situations du quotidien

Pour chaque situation, tu trouveras le comportement qui pose problème, un moment où l’enfant fait autrement, une phrase pour le remarquer et ce que l’enfant peut en retirer.

1. Il arrache les jouets

Le moment à remarquer : il demande un verre de jus d’orange calmement, en disant « s’il te plaît ».

Ce que tu peux dire : « Tu m’as demandé du jus avec une voix calme et tu as dit s’il te plaît. Je t’ai compris tout de suite. »

Ce qu’il en retire : il découvre une façon de demander qui fonctionne. Il a été entendu sans avoir besoin de prendre de force.

2. Il crie et insiste pour obtenir quelque chose

Le moment à remarquer : il attend dans la file au supermarché, ou il t’aide à trouver un produit dans les rayons.

Ce que tu peux dire : « On a attendu longtemps dans la file, ce n’était pas facile. Et c’est toi qui as trouvé les pâtes : ça nous a fait gagner du temps. »

Ce qu’il en retire : on reconnaît que l’attente lui a demandé un effort, sans faire comme si c’était naturel. Et il voit que son aide a été réellement utile.

3. Il lance des objets quand une tâche est trop difficile

Le moment à remarquer : il vient te demander de l’aide pour s’habiller ou ranger sa chambre.

Ce que tu peux dire : « Ce manteau est difficile à fermer. Tu es venu me chercher au lieu de rester coincé. On l’a fait ensemble, et bientôt tu y arriveras tout seul. »

Ce qu’il en retire : il comprend qu’il est en train d’apprendre, qu’on lui fait confiance, et que demander de l’aide est une vraie solution quand c’est trop dur.

4. Il ne veut pas prêter ses jouets

Le moment à remarquer : il partage spontanément son goûter avec son frère ou un copain.

Ce que tu peux dire : « Tu as donné la moitié de ton goûter à ton frère. Tu as vu son sourire ? »

Ce qu’il en retire : c’est lui qui constate l’effet de son geste sur l’autre. La joie de partager vient de ce qu’il a vu, pas d’un « merci pour ta générosité » venu de l’adulte.

À garder en tête : chez les tout-petits, ne pas vouloir prêter est une étape normale. Le partage ne s’impose pas, il se découvre.

5. Il pousse pour passer le premier et ne voit pas l’autre qui pleure

Le moment à remarquer : en jouant, il console sa poupée ou son doudou qui « pleure ».

Ce que tu peux dire : « Tu as consolé ton bébé. À ton avis, qu’est-ce qui le rend triste ? »

Ce qu’il en retire : on s’intéresse à son empathie au moment où elle s’exprime. La question l’aide à mettre des mots sur les émotions, les siennes comme celles des autres.

Le tableau est un des 50 outils présents dans le kit communication : Il est en téléchargement gratuit ici. 

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Et pendant le moment difficile, on fait quoi ?

C’est la question qu’une lectrice nous avait posée en commentaire : remarquer les bons moments, d’accord, mais que faire quand l’enfant est en train d’arracher, de crier ou de pousser ? Et si, certains jours, il n’y a presque rien de positif à souligner ?

Dans le feu de l’action, l’enfant n’est souvent pas en état d’apprendre. Daniel Siegel et Tina Payne Bryson le résument bien : on se connecte d’abord, on redirige ensuite. Concrètement :

  • On protège, calmement. « Je ne te laisse pas pousser. » On peut s’interposer physiquement, sans crier.
  • On met des mots sur ce qu’il vit. « Tu voulais vraiment être le premier. C’est frustrant d’attendre. »
  • On donne la façon de faire. « Tu peux te mettre derrière Léa. » ou « Tu peux demander : je peux l’avoir après toi ? »
  • On attend que le calme revienne avant d’en reparler, si besoin.

Quant aux journées où tout semble aller de travers : les moments à remarquer sont parfois minuscules. Il a mis ses chaussures sans râler, il a attendu dix secondes avant de te couper la parole, il s’est assis à table. Ça compte aussi.

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Si tu manques d’énergie (et c’est normal)

Une autre lectrice nous écrivait que cette approche lui semblait demander « un temps plein et plus », et qu’elle finissait par culpabiliser de ne pas y arriver. C’est une remarque très juste.

Ce tableau n’est pas un examen. Personne ne trouve la bonne phrase à chaque fois, et certains soirs, « Arrête ! » sortira quand même. L’idée n’est pas de tout changer, mais de choisir une ou deux phrases qui reviennent souvent chez toi et de les transformer. Quand elles deviennent naturelles, tu en prends une autre.

Et quand tu rates, tu peux réparer : « Tout à l’heure, j’ai crié. J’étais fatigué. Ce que je voulais te dire, c’est… » C’est aussi une façon de montrer à ton enfant ce que tu attends de lui.

À éviter

  • Transformer l’outil en système de points ou de récompenses. Le but est que l’enfant comprenne, pas qu’il performe pour une étoile.
  • Remarquer le positif pour mieux pointer le négatif (« Tu vois que tu peux être calme quand tu veux ! »). La phrase redevient un reproche.
  • En faire trop. Une remarque sincère de temps en temps vaut mieux qu’un commentaire sur chaque geste.

Pour aller plus loin

Sources et lectures

  • Sylvie Bourcier, L’agressivité chez l’enfant de 0 à 5 ans (dont sont inspirées les situations du tableau).
  • Daniel J. Siegel et Tina Payne Bryson, Le cerveau de votre enfant.
  • Carol S. Dweck, Changer d’état d’esprit.
  • Edward L. Deci et Richard M. Ryan, travaux sur la théorie de l’autodétermination.
  • Catherine Gueguen, Pour une enfance heureuse.
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