Faut-il dire à ton enfant qu’il est génial pour lui donner confiance en lui ?

« Tu es le meilleur », « c’est magnifique », « tu es trop fort »… On le dit avec amour, souvent pour rassurer un enfant qui doute. Pourtant, la recherche montre que ces compliments ne l’aident pas toujours, et qu’ils peuvent même produire l’effet inverse chez les enfants qui manquent le plus de confiance.

L’intuition : plus on le valorise, plus il aura confiance

Quand ton enfant se décrit comme « nul » ou refuse d’essayer, le réflexe est de le rassurer en montant le volume : « Mais si, tu es super doué ! ». L’idée semble logique : s’il manque de confiance, donnons-lui-en.

Les chercheurs ont observé que c’est exactement ce que font les adultes. Dans une étude menée par Eddie Brummelman et ses collègues, les adultes donnaient environ deux fois plus de compliments exagérés aux enfants qui avaient une faible estime d’eux-mêmes. Et à la maison, sur 114 familles filmées pendant une séance d’exercices de maths, environ un compliment sur quatre était « gonflé » : incroyablement bien, parfait, génial.

Ce que montre la recherche

Les compliments exagérés font reculer les enfants qui doutent

Dans la même série d’études, 240 enfants ont reproduit un tableau de Van Gogh, puis ont reçu un message d’un « peintre professionnel ». Certains lisaient « Tu as fait un dessin incroyablement beau », d’autres « Tu as fait un beau dessin », d’autres rien. Ensuite, ils choisissaient le dessin suivant : un facile ou un difficile.

Résultat : les enfants qui avaient peu confiance en eux et qui avaient reçu le compliment exagéré choisissaient plus souvent le dessin facile. Comme si la barre venait d’être placée si haut qu’ils ne voulaient plus prendre le risque de décevoir. Chez les enfants plus sûrs d’eux, c’était l’inverse.

Féliciter l’intelligence rend plus fragile face à l’échec

Les travaux de Claudia Mueller et Carol Dweck, publiés en 1998, vont dans le même sens. Des enfants de 10-11 ans réussissaient une série de problèmes, puis on les félicitait soit pour leur intelligence (« tu dois être intelligent »), soit pour leurs efforts (« tu as dû beaucoup travailler »). Venait ensuite une série plus difficile, où tous échouaient.

Les enfants félicités pour leur intelligence persistaient moins, prenaient moins de plaisir et réussissaient moins bien la série suivante. Quand on te dit que tu réussis parce que tu es intelligent, un échec peut vouloir dire que tu ne l’es plus.

Ce qui nourrit l’estime de soi : la chaleur, pas la surévaluation

En 2015, une équipe a suivi 565 enfants néerlandais de 7 à 11 ans pendant un an et demi. Elle a comparé deux attitudes parentales : considérer son enfant comme plus spécial que les autres, et lui témoigner de l’affection. La conclusion des chercheurs tient en une phrase : la surévaluation prédisait le narcissisme, pas l’estime de soi ; la chaleur prédisait l’estime de soi, pas le narcissisme.

Autrement dit, un enfant n’a pas besoin d’entendre qu’il est exceptionnel pour se sentir bien dans sa peau. Il a besoin de sentir qu’il compte et qu’il est aimé, y compris quand il rate.

À retenir : la confiance en soi ne se donne pas en compliments. Elle se construit quand l’enfant essaie, constate qu’il progresse et sait qu’il reste aimé quoi qu’il arrive.

Alors, que dire à la place ?

Il ne s’agit pas d’arrêter de faire des compliments. Une étude de l’université de Chicago a filmé 53 familles quand les enfants avaient 1, 2 et 3 ans. Ce n’était pas la quantité de compliments qui comptait, mais leur nature : plus les parents félicitaient les efforts, les stratégies et les actions de leur enfant, plus celui-ci, cinq ans plus tard, aimait les défis et pensait pouvoir progresser.

Quelques pistes concrètes :

  • Décris ce que tu vois plutôt que de juger. « Tu as mis plein de couleurs différentes dans le ciel » en dit plus à l’enfant que « c’est magnifique ».
  • Souligne le chemin. L’effort, la stratégie, la persévérance : ce sont des choses qu’il peut refaire la prochaine fois.
  • Reste mesuré. Un compliment juste a plus de valeur qu’un superlatif. L’enfant sent très bien quand on en fait trop.
  • Montre ton affection sans condition. Un câlin après une mauvaise note dit « je t’aime » sans rien attendre en retour.
  • Laisse-le essayer. La confiance naît de l’expérience : avoir peur, essayer quand même, et voir que ça va.
Au lieu de… Essaie plutôt…
« Tu es le meilleur ! » « Tu t’es entraîné toute la semaine, et ça se voit. »
« C’est magnifique ! » « Raconte-moi ton dessin. Pourquoi as-tu choisi ce bleu ? »
« Tu es tellement intelligent. » « Tu as essayé une autre méthode quand la première ne marchait pas. »
« Mais non, tu n’es pas nul, tu es super doué ! » « Tu as l’impression de ne pas y arriver. C’est dur. On regarde ensemble ce qui bloque ? »
« Tu vas forcément réussir. » « Tu as le droit d’avoir peur. Et je serai là, que ça marche ou non. »

Et quand il dit « je suis nul » ?

C’est souvent là qu’on a le plus envie de contredire. Mais répondre « tu es génial » à un enfant convaincu du contraire crée un écart qu’il ne peut pas combler. Il risque surtout d’entendre que son ressenti est faux.

Commence par accueillir : « Tu te sens nul en ce moment. » Puis aide-le à préciser. Il ne se sent pas nul en tout, mais dans une situation précise : la dictée, la piscine, la récréation. La confiance en soi varie d’une situation à l’autre, et c’est une bonne nouvelle. Un enfant qui doute en lecture peut être très à l’aise au foot ou avec ses copains. Ce qu’il a réussi ailleurs peut l’aider ici.

Tu peux lui demander de situer ce qu’il ressent sur une échelle de 1 à 5, de « je n’ose pas du tout » à « je me sens prêt, j’y vais ». Puis lui demander : « Qu’est-ce qui t’aiderait à monter d’un cran ? ». Un adulte à côté de lui, un essai en petit, une stratégie : chaque réponse est un pas concret, bien plus utile qu’un compliment.

Pour aller plus loin

J’ai conçu un jeu de 65 cartes pour aider les enfants de 3 à 9 ans à construire leur confiance en soi. Il comprend un thermomètre de la confiance pour situer ce qu’ils ressentent, trois parcours à poser au sol ou sur la table, et une page pour l’adapter aux enfants TDAH, autistes ou DYS.

Découvrir le jeu de la confiance

Sources

  • Brummelman, E., Thomaes, S., Orobio de Castro, B., Overbeek, G. et Bushman, B. J. (2014). « That’s not just beautiful—that’s incredibly beautiful! » The adverse impact of inflated praise on children with low self-esteem. Psychological Science, 25(3), 728-735.
  • Brummelman, E., Thomaes, S., Nelemans, S. A., Orobio de Castro, B., Overbeek, G. et Bushman, B. J. (2015). Origins of narcissism in children. Proceedings of the National Academy of Sciences, 112(12), 3659-3662.
  • Mueller, C. M. et Dweck, C. S. (1998). Praise for intelligence can undermine children’s motivation and performance. Journal of Personality and Social Psychology, 75(1), 33-52.
  • Gunderson, E. A., Gripshover, S. J., Romero, C., Dweck, C. S., Goldin-Meadow, S. et Levine, S. C. (2013). Parent praise to 1- to 3-year-olds predicts children’s motivational frameworks 5 years later. Child Development, 84(5), 1526-1541.

 

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