Parler du consentement à ton enfant : 7 messages pour le protéger des violences sexuelles, sans lui faire peur
C’est sans doute le sujet qu’on repousse le plus. On se dit qu’il est trop petit, qu’on ne veut pas lui mettre des idées en tête, qu’on en parlera « plus tard ». Et puis on ne sait pas par où commencer. Comment parler de violences sexuelles à un enfant de 4 ou 6 ans sans l’effrayer ?
Bonne nouvelle : la prévention ne passe pas par des récits qui font peur. Elle passe par quelques messages simples, répétés au quotidien, et surtout par la façon dont les adultes respectent le corps de l’enfant. Voici l’essentiel.
Ce que disent les chiffres
En France, 160 000 enfants sont victimes de violences sexuelles chaque année, soit un enfant toutes les trois minutes. C’est le constat de la Commission indépendante sur l’inceste et les violences sexuelles faites aux enfants (CIIVISE), dans son rapport de novembre 2023.
Parmi les 30 000 témoignages recueillis par la commission, 81 % concernent des violences commises au sein de la famille. Seules 13 % des victimes en ont parlé au moment des faits. Et quand un enfant parle, près d’une fois sur deux, rien ne change pour lui : il n’est pas mis en sécurité.
Ces chiffres disent une chose importante : le danger vient rarement d’un inconnu dans la rue. Le classique « ne suis pas un inconnu » ne suffit donc pas. Ce qui protège, c’est un enfant qui connaît son corps, qui sait qu’il a le droit de dire non à n’importe qui, et qui sait vers quels adultes se tourner.
« Il est trop petit pour ça » : vraiment ?
Le Conseil de l’Europe, qui a créé la campagne « On ne touche pas ici » avec le personnage de Kiko, est clair : un enfant n’est jamais trop jeune pour apprendre ces règles, parce que les violences peuvent arriver à tout âge. Son matériel s’adresse d’ailleurs aux 3-7 ans.
Parler du corps et du consentement ne « met pas d’idées » dans la tête d’un enfant. Ça lui donne des mots et des repères. Et si le sujet te met mal à l’aise, rappelle-toi que c’est presque toujours plus difficile pour l’adulte que pour l’enfant. Lui, il apprend une règle de plus, comme traverser au passage piéton.
Les 7 messages essentiels
1. Ton corps est à toi.
Personne n’a le droit de le toucher sans ta permission. Les parties intimes, ce sont celles que cache le maillot de bain : on ne les touche pas, on ne les montre pas, et on ne demande pas à voir celles des autres.
2. Les vrais mots.
Vulve, pénis, fesses, seins. Dits sans gêne et sans rire, au moment du bain par exemple. Un enfant qui connaît les mots exacts comprend mieux ce qui est interdit, et il peut être compris s’il a besoin de raconter quelque chose.
3. Tu as le droit de dire non, même à quelqu’un que tu aimes.
Refuser un bisou à mamie, un câlin à tonton, des chatouilles qui ne font plus rire. Il peut proposer autre chose : un signe de la main, un check, un sourire. Et toi, tu soutiens son choix, même si l’adulte en face est vexé.
4. Une surprise, ça se garde. Un secret qui gêne, ça se dit.
Le secret est l’une des principales stratégies des agresseurs. Apprends à ton enfant la différence : une surprise fait plaisir et sera bientôt révélée, comme un cadeau d’anniversaire. Un secret qui rend triste, inquiet ou mal à l’aise se raconte toujours à un adulte de confiance, même si on a promis de se taire. Et il n’aura jamais d’ennuis pour ça.
5. Tu as plusieurs adultes de confiance.
Aide-le à en nommer trois, dont au moins un qui n’habite pas à la maison : une tante, une enseignante, un parrain, une voisine. Vu la part des violences commises dans la famille, ce point est essentiel.
6. Ce n’est jamais ta faute.
Même si tu n’as pas dit non tout de suite. Même si tu as gardé le secret. Même si tu as eu peur et que tu n’as rien fait. Les enfants victimes ressentent souvent de la honte et de la culpabilité : c’est précisément ce qui les fait taire.
7. Si on ne t’écoute pas, tu en parles à quelqu’un d’autre.
Et encore à quelqu’un d’autre, jusqu’à ce qu’un adulte te prenne au sérieux. Il peut aussi appeler un numéro d’écoute pour les enfants : le 119 en France, le 103 en Belgique.
Au quotidien, l’exemple compte plus que les discours
Tu peux expliquer cent fois à ton enfant qu’il a le droit de dire non. Si, dans la vraie vie, on l’oblige à faire la bise à tout le monde, il retiendra que son non ne compte pas. La prévention se joue d’abord dans les petits gestes :
- quand il dit « stop » pendant les chatouilles, tu t’arrêtes tout de suite ;
- tu ne le forces pas à faire un bisou pour dire bonjour ou merci ;
- tu lui demandes son accord avant de le prendre en photo ou de publier sa photo ;
- tu frappes avant d’entrer dans la salle de bain quand il grandit et demande de l’intimité ;
- tu respectes son refus d’aller vers un adulte, même sans comprendre pourquoi.
Chaque fois que son non est respecté, il apprend que son corps lui appartient. C’est la leçon la plus forte de toutes.
Ce qu’il vaut mieux éviter
Faire peur. Un enfant effrayé retient la peur, pas la règle. On en parle comme de la sécurité routière : calmement, simplement, pour savoir quoi faire.
Parler uniquement des inconnus. C’est rassurant pour l’adulte, mais ça ne correspond pas à la réalité. Inutile pour autant d’apprendre la méfiance envers tout le monde : on apprend des signaux d’alerte, pas la suspicion.
Transformer la discussion en interrogatoire. Demander régulièrement « est-ce que quelqu’un t’a touché ? » peut déstabiliser l’enfant. Mieux vaut ouvrir la porte et lui montrer qu’elle reste ouverte.
En parler une seule fois. Une grande conversation ne suffit pas. Ce sont les petits rappels, au fil des situations, qui ancrent les réflexes.
Et si ton enfant se confie ?
C’est le moment le plus important, et il ne se prépare pas toujours. Quelques repères :
- Crois-le et dis-le-lui : « Je te crois. »
- Remercie-le : « Tu as bien fait de me le dire. »
- Reste calme, même si tout s’effondre à l’intérieur. Ton émotion visible peut le faire taire.
- Ne l’interroge pas et ne lui demande pas « pourquoi ». Écoute ses mots, puis note-les avec la date et l’heure.
- Dis-lui que ce n’est pas sa faute.
- Ne promets pas de garder le secret : explique que tu vas en parler à des personnes dont c’est le métier de protéger les enfants.
- Agis le jour même : appelle le 119 en France (gratuit, 24 h/24), le 103 en Belgique, ou les secours en cas de danger immédiat.
Le rapport de la CIIVISE porte un titre qui résume tout : « On vous croit ». C’est la première chose qu’un enfant a besoin d’entendre.
En résumé
Ton corps est à toi. Les vrais mots. Le droit de dire non, même à ceux qu’on aime. Les secrets qui gênent se disent. Plusieurs adultes de confiance. Ce n’est jamais ta faute. Si on ne t’écoute pas, tu en parles à un autre adulte. Ces messages ne rendent pas ton enfant responsable de sa protection : protéger les enfants reste la responsabilité des adultes. Mais ils lui donnent des mots, et des mots, ça ouvre des portes.
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Sources
- CIIVISE (2023). Violences sexuelles faites aux enfants : « on vous croit ». Rapport public, 17 novembre 2023.
- Conseil de l’Europe. La Règle « On ne touche pas ici », guide pour les parents, campagne « Un sur cinq ».
- Audition d’Édouard Durand, coprésident de la CIIVISE, Assemblée nationale.
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