TSA : les 7 phrases qui aggravent tout (et quoi dire à la place)

Elles sortent toutes seules. Elles semblent raisonnables. Et pourtant, chacune d’elles demande à l’enfant autiste exactement ce que son système nerveux ne peut pas donner à cet instant précis.

Quand un enfant autiste se bouche les oreilles, s’effondre en plein magasin, refuse un changement ou ne répond plus, notre premier réflexe est de lui demander de s’adapter : faire comme les autres, se calmer, s’expliquer.

Sauf que ce n’est presque jamais une question de bonne volonté.

Depuis 2013, la classification de référence des troubles du neurodéveloppement, le DSM-5, inclut les particularités sensorielles dans les critères diagnostiques de l’autisme. Ce n’est pas un détail : dans une étude portant sur 281 enfants autistes de 3 à 6 ans, Scott Tomchek et Winnie Dunn ont observé que 95 % d’entre eux présentaient des particularités de traitement sensoriel, en particulier pour le filtrage des sons et la sensibilité au toucher. À cela s’ajoute, pour environ une personne autiste sur deux, une difficulté marquée à identifier et nommer ses propres émotions, contre moins d’une sur vingt dans la population générale (Kinnaird et al., 2019).

Autrement dit : ton enfant perçoit souvent le monde plus fort, plus vite, plus en vrac que toi. Et quand tout déborde, il n’a pas toujours les mots pour le dire.

Dans ces moments-là, certaines phrases ne font pas qu’échouer : elles ajoutent de la charge à un système déjà saturé.

En voici sept, avec ce qu’elles produisent réellement, et par quoi les remplacer.

1. « Regarde-moi quand je te parle ! »

Pourquoi ça ne marche pas : pour beaucoup de personnes autistes, le contact visuel n’est pas un signe d’attention mais une source d’inconfort, parfois intense. Des adolescents et adultes autistes interrogés sur le sujet décrivent un regard qui surcharge, qui déconcentre, voire qui fait mal. Beaucoup expliquent qu’ils écoutent mieux justement quand ils ne regardent pas.

Exiger le regard, c’est donc souvent obtenir l’inverse de ce qu’on cherche : l’enfant met toute son énergie à tenir ce contact, et il n’en reste plus pour comprendre ce que tu dis.

À la place : « Tu peux regarder où tu veux, je sais que tu m’écoutes. » Tu vérifies la compréhension autrement : en lui demandant de répéter, de montrer, de faire.

2. « Ce n’est rien, ce n’est qu’un bruit. »

Pourquoi ça ne marche pas : pour toi, c’est un sèche-mains, une chaise qui racle, un néon qui grésille. Pour lui, c’est parfois une agression. Le filtrage auditif fait partie des particularités sensorielles les plus fréquemment observées chez les enfants autistes : le cerveau ne met pas facilement les bruits de fond « en sourdine ».

Dire « ce n’est rien », c’est lui apprendre que ce qu’il ressent n’est pas réel. Il ne ressent pas moins : il apprend seulement que ce n’est pas la peine de le dire.

À la place : « Ce bruit est trop fort pour toi. Tu veux ton casque ou on s’éloigne ? » Tu reconnais la sensation et tu proposes une issue concrète.

3. « Arrête ton cinéma. »

Pourquoi ça ne marche pas : parce qu’il n’y a pas de cinéma. Ce qu’on prend pour un caprice est le plus souvent une surcharge : les sollicitations se sont accumulées jusqu’à ce que le système nerveux ne puisse plus les absorber. Un caprice cherche un public et s’arrête quand il obtient ce qu’il veut. Une surcharge, elle, ne s’arrête pas sur commande, et un public l’aggrave.

Stuart Shanker le résume ainsi : derrière un comportement difficile, il faut d’abord chercher le stress, pas la mauvaise intention. Gronder, menacer ou raisonner, c’est ajouter du stress là où il y en a déjà trop.

À la place : « Je suis là. » Puis presque plus rien. Moins de mots, moins de bruit, moins de regards : tu baisses la charge au lieu de monter le ton.

4. « Dis-moi ce qui ne va pas. »

Pourquoi ça ne marche pas : cette question demande trois opérations en même temps : sentir ce qui se passe en soi, le reconnaître, puis le traduire en mots. Or près d’une personne autiste sur deux présente une alexithymie, c’est-à-dire une difficulté importante à identifier et décrire ses émotions. Et en pleine surcharge, même un enfant qui parle très bien peut perdre l’accès au langage.

Insister, c’est lui demander une performance impossible au pire moment. Il ne se tait pas pour te résister : il n’a pas les mots disponibles.

À la place : « Tu peux me montrer. » Une échelle de couleurs, une carte, un geste convenu à l’avance. Les supports visuels font partie des pratiques dont l’efficacité est la mieux démontrée dans l’accompagnement des enfants autistes (NCAEP, 2020). Les mots viendront plus tard, quand le calme sera revenu.

5. « On change de programme, ce n’est pas grave. »

Pourquoi ça ne marche pas : pour toi, ce n’est pas grave. Pour lui, l’imprévu retire le seul repère qui rendait la journée supportable. Le besoin de prévisibilité fait partie des critères diagnostiques de l’autisme, et les chercheurs ont montré que la difficulté à tolérer l’incertitude joue un rôle central dans l’anxiété des enfants autistes.

« Ce n’est pas grave » nie ce qu’il vit. Et le changement annoncé à la dernière seconde, sans support, est souvent ce qui fait basculer.

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À la place : « Il y a un changement. D’abord la pharmacie, ensuite la maison. » Annonce tôt, montre si possible (un dessin, un pictogramme, un emploi du temps), et donne un repère d’arrivée. L’imprévu devient une information, pas une menace.

6. « Arrête de te balancer. »

Pourquoi ça ne marche pas : se balancer, battre des mains, faire tourner un objet, répéter un son : ces mouvements, souvent appelés stims, ne sont pas des parasites. Les adultes autistes qui en parlent les décrivent comme un moyen de se calmer, de se concentrer, de gérer une sensation trop forte ou d’exprimer une joie. Ils servent à se réguler.

Supprimer le mouvement, c’est souvent supprimer l’outil de régulation, et laisser la tension sans issue.

À la place : « Tu peux bouger, ça t’aide. » Tu n’interviens que si le geste le met en danger ou fait mal à quelqu’un, et dans ce cas tu proposes une alternative qui remplit la même fonction.

7. « Fais un effort, tout le monde y arrive. »

Pourquoi ça ne marche pas : parce que beaucoup d’enfants autistes font déjà cet effort, en permanence. Ils observent, imitent, retiennent leurs gestes, se forcent à tenir dans le bruit pour ne pas se faire remarquer. Les chercheurs appellent cela le camouflage. Les personnes autistes qui le décrivent parlent d’un épuisement profond, d’une anxiété accrue et du sentiment de ne jamais pouvoir être elles-mêmes.

Ce que l’enfant entend : « tel que tu es, tu ne suffis pas ». Répétée pendant des années, cette phrase lui apprend à se cacher plutôt qu’à se comprendre.

À la place : « Ce qui est facile pour d’autres est difficile pour toi, et l’inverse aussi. On cherche ensemble ce qui t’aide. » Tu passes de la comparaison à l’ajustement.

Le point commun de ces sept phrases

Toutes demandent à l’enfant de s’adapter à un environnement qui le dépasse, ou de faire taire les signaux qui lui permettent de tenir.

Or quand un enfant autiste est en difficulté, ce n’est pas la bonne volonté qui manque : c’est la marge disponible à cet instant. La question n’est donc pas « comment lui faire supporter plus ? » mais « qu’est-ce qui, autour de lui, peut lui demander moins ? ».

Comprendre avant de corriger. Ajuster l’environnement avant d’exiger de l’enfant. Accueillir ses signaux avant de les faire taire.

Et si tu devais ne retenir qu’une chose : la plupart de ces situations ne se règlent pas dans l’instant où ça déborde. Elles se préparent avant, quand tout va bien, en aidant l’enfant à repérer ce qui le gêne, ce qui l’apaise et ce dont il a besoin, et en lui donnant un moyen de le dire sans les mots.

Pour aller plus loin

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On y trouve notamment son échelle de bien-être en 5 niveaux (classique, illustrée et format de poche), ses cartes « besoins » et « ressources » à montrer quand les mots ne viennent plus, sa fiche de présentation à partager avec l’entourage, son journal de bord, une fiche d’accompagnement à annexer au PAP et un mémo pour les adultes.

Ce n’est ni une méthode pour corriger l’enfant, ni un programme pour le rendre « comme les autres » : le kit part de son fonctionnement réel, pas de ce qu’il devrait changer.

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Sources et pour approfondir : American Psychiatric Association, DSM-5 (2013), critères B2 et B4 du trouble du spectre de l’autisme ; Tomchek & Dunn, « Sensory processing in children with and without autism », American Journal of Occupational Therapy (2007) ; Kinnaird, Stewart & Tchanturia, « Investigating alexithymia in autism: A systematic review and meta-analysis », European Psychiatry (2019) ; Trevisan, Roberts, Lin & Birmingham, « How do adults and teens with self-declared autism spectrum disorder experience eye contact? », PLOS ONE (2017) ; Boulter et al., « Intolerance of uncertainty as a framework for understanding anxiety in children and adolescents with autism », Journal of Autism and Developmental Disorders (2014) ; Kapp et al., « « People should be allowed to do what they like »: Autistic adults’ views and experiences of stimming », Autism (2019) ; Hull et al., « « Putting on my best normal »: Social camouflaging in adults with autism », Journal of Autism and Developmental Disorders (2017) ; Steinbrenner et al., Evidence-based practices for children, youth, and young adults with autism, NCAEP (2020) ; Stuart Shanker, Self-Reg.

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