TND en hausse : et si c’était une invitation à mieux comprendre le cerveau de tous les enfants ?

Autisme, TDAH, troubles dys… Les diagnostics de troubles du neurodéveloppement se multiplient. On peut y voir une source d’inquiétude. On peut aussi y voir un signal : celui qu’il est temps de regarder enfin le comportement des enfants avec les yeux de la science du cerveau. Pour les enfants concernés, bien sûr. Mais aussi pour tous les autres.

Des chiffres qui ne laissent personne indifférent

En France, la délégation interministérielle en charge de la stratégie nationale estime qu’environ 10 % des naissances concernent un enfant qui présentera un trouble du neurodéveloppement (TND) : trouble du spectre de l’autisme, TDAH, troubles dys, trouble du développement intellectuel. Ce sont environ 70 000 enfants chaque année. Et le nombre d’enfants repérés et accompagnés par les dispositifs publics ne cesse de grimper : plus de 186 000 selon le bilan 2025-2026 de la stratégie nationale.

Aux États-Unis, le dernier rapport des CDC, publié en avril 2025, estime qu’environ 1 enfant de 8 ans sur 31 a reçu un diagnostic d’autisme. Il y a vingt-cinq ans, c’était 1 sur 150.

Les autorités françaises le reconnaissent elles-mêmes : dans les pays développés, la prévalence de l’autisme et du TDAH augmente depuis une vingtaine d’années.

Plus de diagnostics, ou plus d’enfants concernés ?

C’est la question que tout le monde se pose, et il faut être honnête : la science n’a pas complètement tranché.

Une grande partie de la hausse s’explique par des raisons bien identifiées. Les critères de diagnostic se sont élargis : on parle aujourd’hui de spectre de l’autisme, ce qui inclut des profils qu’on ne reconnaissait pas autrefois. Les professionnels sont mieux formés, les outils de repérage plus fins, les familles mieux informées. Les filles, longtemps passées sous les radars parce qu’elles « compensent » davantage, sont enfin repérées. Et en France, la création des plateformes de coordination et d’orientation a permis de repérer beaucoup plus tôt des enfants qui, il y a quinze ans, auraient simplement été étiquetés « difficiles », « paresseux » ou « dans la lune ».

Certains chercheurs estiment que ces explications ne suffisent pas à tout justifier et qu’une part de hausse réelle n’est pas exclue. Le débat reste ouvert, et il faut se méfier de ceux qui prétendent avoir LA cause unique.

Ce qui, en revanche, est solidement établi : les TND ont une très forte composante génétique et biologique. Ils ne sont pas causés par l’éducation donnée par les parents. Il est important de le redire, parce que trop de familles portent encore une culpabilité qui n’a pas lieu d’être.

Mais au fond, que la hausse soit surtout liée à un meilleur repérage ou non, elle nous dit la même chose : derrière beaucoup de comportements qu’on jugeait, il y avait un cerveau qui fonctionnait différemment. Et on ne le voyait pas.

Les enfants neuroatypiques, une loupe sur le cerveau de tous les enfants

Ce que les enfants avec un TND vivent de façon intense, tous les enfants le vivent à un degré moindre. Leur fonctionnement agit comme une loupe grossissante sur des mécanismes universels. Quelques exemples.

L’autorégulation se construit, elle ne se décrète pas. Le psychologue Russell Barkley décrit le TDAH comme un trouble de l’autorégulation et des fonctions exécutives : planifier, inhiber une impulsion, garder une consigne en tête, gérer le temps. Il estime que ces fonctions accusent chez ces enfants un décalage de maturation de l’ordre de 30 % par rapport à leur âge. Mais même chez un enfant sans TDAH, ces fonctions dépendent du cortex préfrontal, qui ne termine sa maturation qu’autour de 25 ans. Demander à un enfant de 6 ans de « se contrôler » comme un adulte, c’est lui demander quelque chose que son cerveau ne sait pas encore faire.

Le stress change tout. Stuart Shanker, à l’origine de l’approche Self-Reg, invite à distinguer le « mauvais comportement » du « comportement de stress ». Un enfant autiste submergé par le bruit d’une cantine, un enfant dyslexique qui doit lire à voix haute devant la classe : leur réaction n’est pas un caprice, c’est un système nerveux en surcharge. La chercheuse Sonia Lupien a montré que le stress naît de situations reconnaissables : peu de contrôle, de l’imprévisibilité, de la nouveauté, une menace pour l’estime de soi. Ces ingrédients font réagir tous les cerveaux, simplement certains enfants y sont beaucoup plus sensibles.

On ne raisonne pas un cerveau en alerte. Daniel Siegel explique qu’en pleine tempête émotionnelle, les zones du cerveau qui réfléchissent et raisonnent sont moins disponibles. C’est flagrant lors d’une crise chez un enfant TSA. C’est vrai aussi chez n’importe quel enfant en colère… et chez n’importe quel adulte. D’abord on apaise, ensuite on discute.

Le comportement est un message

Pendant des décennies, l’éducation s’est surtout intéressée au comportement visible : le récompenser, le punir, le corriger. Les TND nous obligent à changer de lunettes.

Quand un enfant avec un TDAH oublie pour la dixième fois son cahier, la punition ne lui donne pas les fonctions exécutives qui lui manquent. Elle ajoute de la honte et du stress, ce qui affaiblit encore davantage ces mêmes fonctions. Quand un enfant autiste se bouche les oreilles et refuse d’entrer dans une salle, le forcer ne règle rien : il faut comprendre ce que son système sensoriel perçoit.

La question n’est plus « comment faire cesser ce comportement ? » mais « qu’est-ce qui se passe dans son cerveau, et de quoi a-t-il besoin ? ». Et cette question-là, elle vaut pour tous les enfants.

Ce qui est indispensable pour certains est utile pour tous

C’est un principe bien connu des enseignants qui pratiquent l’inclusion. Les aménagements pensés pour les enfants neuroatypiques profitent presque toujours à l’ensemble du groupe.

Un emploi du temps visuel rassure l’enfant autiste, mais il apaise aussi l’enfant anxieux et aide le plus jeune de la fratrie. Une consigne courte, donnée une étape à la fois, est indispensable pour l’enfant TDAH ; elle rend service à tous les enfants fatigués en fin de journée. Un coin calme pour redescendre en pression, des transitions annoncées à l’avance, un adulte qui reste présent et calme pendant la tempête : rien de tout cela n’est réservé à un diagnostic.

Les travaux de Carol Dweck sur l’état d’esprit de développement vont dans le même sens : valoriser l’effort et les stratégies plutôt que le résultat protège tous les enfants, et tout particulièrement ceux pour qui apprendre demande deux fois plus d’énergie.

5 réflexes inspirés des TND, utiles avec tous les enfants

1. Rendre la journée prévisible. Annonce les changements, prépare les transitions (« dans cinq minutes, on range »).

2. Chercher le stresseur avant de juger. Bruit, fatigue, faim, peur d’échouer : qu’est-ce qui surcharge ton enfant en ce moment ?

3. Apaiser d’abord, discuter ensuite. Ta présence calme aide son cerveau à redescendre. La leçon viendra plus tard.

4. Découper les consignes. Une étape à la fois, avec un support visuel si besoin.

5. Encourager l’effort plutôt que le résultat. « Tu as trouvé une autre façon de faire » vaut mieux que « tu es intelligent ».

Un signal pour changer de regard

On peut regarder la hausse des TND avec angoisse. On peut aussi la voir comme une chance : celle de sortir enfin d’une éducation qui juge le comportement sans comprendre le cerveau qui le produit.

Les enfants neuroatypiques ne nous demandent pas une éducation à part. Ils nous montrent, de façon plus visible que les autres, ce dont tous les enfants ont besoin : être compris avant d’être corrigés, être accompagnés plutôt que punis, grandir dans un environnement qui tient compte de la façon dont leur cerveau se développe.

S’intéresser au cerveau des enfants, ce n’est pas réservé aux spécialistes. C’est probablement la meilleure chose qu’un parent ou un enseignant puisse faire aujourd’hui.

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Pour aller plus loin

Délégation interministérielle à la stratégie nationale pour l’autisme au sein des TND, Stratégie nationale pour les troubles du neurodéveloppement 2023-2027 et bilan 2025-2026, handicap.gouv.fr.

CDC, Autism and Developmental Disabilities Monitoring Network, rapport publié en avril 2025 (données 2022).

Russell A. Barkley, Taking Charge of ADHD, Guilford Press.

Stuart Shanker, Self-Reg : aider votre enfant (et vous-même) à réduire le stress.

Sonia Lupien, Par amour du stress, Éditions Va Savoir.

Daniel J. Siegel et Tina Payne Bryson, Le cerveau de votre enfant, Les Arènes.

Carol S. Dweck, Osez réussir ! Changez d’état d’esprit, Mardaga.

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