Violences Éducatives Ordinaires : Comprendre les neurosciences pour mieux accompagner nos enfants
Le récent baromètre de la Fondation de l’enfance nous livre un constat qui invite à la réflexion : aujourd’hui encore, 8 parents sur 10 déclarent avoir eu recours à des violences verbales, psychologiques ou physiques au cours de l’année écoulée. Loin de pointer du doigt, ces chiffres mettent en lumière une réalité complexe. Être parent est un défi quotidien, un rôle pour lequel nous n’avons pas reçu de manuel, et 90 % d’entre nous sont profondément bienveillants et souhaitent le meilleur pour leurs enfants.
Pourtant, malgré la loi de 2019 interdisant les Violences Éducatives Ordinaires (VEO), certaines habitudes persistent. Comment expliquer ce décalage et, surtout, comment s’en libérer pour offrir un cadre véritablement sécurisant à nos enfants ? Le Dr Gilles Lazimi, président de l’association Stop VEO, nous apporte des clés de compréhension essentielles.
Le poids de notre propre enfance
La première étape vers le changement est la déculpabilisation. Si nous utilisons parfois le chantage, la contrainte ou les cris, c’est bien souvent parce que nous reproduisons, de manière inconsciente, les schémas avec lesquels nous avons grandi. Dans les moments de fatigue ou de tension, c’est la mémoire de notre propre éducation qui refait surface.
À cela s’ajoutent des injonctions sociétales paradoxales et des environnements (villes, appartements) qui ne sont pas toujours pensés pour le dynamisme naturel des tout-petits. Il est donc normal de se sentir parfois démuni. La clé réside dans la prise de conscience : accepter que les méthodes du passé appartenaient au passé, et qu’il est temps de déconstruire ces vieux proverbes affirmant que « qui aime bien châtie bien ».
Ce que nous disent les neurosciences sur le stress
Pour véritablement changer de regard, il est fondamental de comprendre ce qui se joue à l’intérieur du cerveau de l’enfant. À la naissance, un être humain possède un potentiel incroyable : près de 1000 milliards de neurones qui ne demandent qu’à se connecter au gré des expériences et des apprentissages.
L’enfant est un être en plein développement, d’une grande vulnérabilité. Face à la violence (qu’il s’agisse d’une tape, de cris réguliers ou de menaces), son organisme réagit par une décharge massive d’hormones de stress. Ces tempêtes biochimiques ne sont pas anodines : elles viennent littéralement entraver la formation des connexions neuronales et casser la qualité de la relation avec la figure d’attachement. Minimiser l’impact d’une fessée sous prétexte qu’elle « n’a jamais tué personne », c’est ignorer la réalité biologique et la fragilité du développement cérébral.
De la contrainte à la coopération
L’un des biais les plus tenaces de l’éducation traditionnelle est cette volonté constante d’imposer ses directives par la force ou la peur. Or, un enfant – et particulièrement un nourrisson – n’a pas besoin qu’on le soumette.
L’éducation ne consiste pas à briser une volonté, mais à proposer un cadre et des limites protectrices. Le besoin fondamental et absolu de l’enfant est la sécurité. C’est en se sentant profondément en sécurité, aimé et compris, qu’un enfant peut se développer harmonieusement. Plutôt que de chercher la soumission, notre rôle est de privilégier l’accompagnement et d’encourager la coopération.
Un outil simple proposé par le Dr Lazimi pour ajuster nos réactions ? L’empathie. Imaginons un instant faire subir nos réactions d’adultes… à un autre adulte. Bien souvent, la réponse s’impose d’elle-même.
Soutenir les parents, leur offrir des temps de répit et diffuser ces connaissances fondamentales sur le développement affectif sont aujourd’hui des nécessités pour voir grandir les adultes empathiques, pacifiques et épanouis de demain.
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