“Mais maman (ou papa) a dit que j’avais le droit !” : réponses possibles des parents

On peut pas empêcher un enfant d’essayer de subvenir à ses désirs (ou besoins) en usant de quelques ruses. Surtout si les ruses sont déjà pratiquées  par les parents : chantages, récompenses, compliments, mensonges,… Les enfants imitent ce qu’ils voient/entendent/sentent…et jusqu’à ce qu’ils puissent inhiber ce copier/coller, nous nous exposons à des miroirs de nos pratiques d’adulte…D’ailleurs, c’est souvent un bon point puisque cela nous permet, pour peu que nous ne nous en offusquions pas, de prendre conscience de ces tendances (souvent inconscientes) et de rectifier nos comportements, donnant ainsi un nouveau modèle à nos enfants et pacifiant/simplifiant nos rapports aux autres. C’est judicieux car cela nous évite d’expliquer à chaque fois qu’il ne faut pas reproduire ce que papa ou maman fait… ah bon ?

Autre source d’inspiration plus sournoise : la TV, les médias, les copains/copines de classe, la famille,… bref, tout ce à quoi l’enfant assiste quand nous ne sommes pas là.

Mais revenons sur nos habitudes de parent. Chacun de nous, a sa personnalité, ses valeurs, ses objectifs, ses croyances,… ce qui nous place dans une interprétation de la réalité que nous partageons avec nos enfants de manière verbale ou non verbale.

Ainsi, un enfant peut imiter le schéma de fonctionnement de sa mère ou celui de son père. Et s’adapter à l’un ou l’autre en fonction de la présence de l’un ou de l’autre. Ceci afin d’éviter de perdre l’attachement de l’un ou de l’autre dans les premières années. Puis, en grandissant, pour ne pas mettre une croix sur des privilèges pris ou accordés par l’un ou l’autre. En filigrane, émerge aussi la raison numéro 1 du mensonge : éviter une sanction. Notez que cette raison disparait si vous ne pratiquez pas de punition (à méditer). 😉

Ainsi, l’enfant doit souvent jongler et parfois mentir pour ne pas subir le courroux de l’un ou de l’autre de ses parents. Ne nous trompons pas cependant : cet élan de dissimilation et de manipulation est une conséquence de ce à quoi l’enfant a assisté.

La cause est par conséquent dans le modèle que nous offrons et dans les modèles que la société offre.

Sachant que nous ne pourrons pas modifier tout-de-suite la société (bien qu’éteindre la TV et réguler l’accès aux smartphones/tablettes soient une idée astucieuse pour débuter), concentrons-nous sur notre famille directe et arrivons enfin à l’essentiel :

Que répondre à un enfant qui dit “Mais maman (ou papa) a dit que j’avais le droit !”  ?

Le concept général est : “une seule voix”.

  • “Je comprends ta frustration et je te propose de rediscuter de cela quand papa/maman sera là. Il est possible que nous nous soyons mal compris. Je reste cependant sur ma réponse initiale car j’ai besoin de ….” : ainsi, tout en écoutant l’enfant avec empathie, on rappelle que les décisions se prennent en famille et nous donnons le bénéfice du doute à l’enfant (“on s’est peut-être mal compris”). Le message “je” est un moyen d’évoquer nos besoins. Le parent absent peut être appelé par téléphone pour éclaircir le sujet.
  • “Voyons ensemble la règle” ou “discutons et établissons une règle en réunion de famille”: si vous ne l’avez pas encore fait, essayez de fixer des règles de famille comprises et acceptées par tous. Elles représenteront un cadre sécurisant pour l’enfant et une référence pour les discussions (voir cet article sur les règles). Les règles évolueront au cours du temps.
  • “Je te remercie d’avoir évoqué ce sujet que je découvre. Je prends le temps d’y réfléchir et je te donne ma réponse.” : le remerciement est une excellente clé d’entrée pour engager des discussions. Dans ce cas, elle valorise aussi l’initiative de l’enfant.

 

Important :

  • n’étiquetez pas l’enfant comme “manipulateur” : car cette étiquette conforte les croyances et transforme la personne qui la porte.
  • les punitions/chantage/violences diverses sont à bannir : est-ce ce modèle de fonctionnement que nous souhaitons transmettre ?
  • ne cherchez pas de “coupable” : la culpabilité blesse l’ego, diminue l’estime, pousse au mensonge et n’est pas un moteur de changement de comportement.
  • ne dénigrez pas l’autre parent (même si vous savez que l’autre le fait) : c’est l’enfant qui est écartelé ainsi car il y a conflit de loyauté.

 

Pour finir : le triangle de Karpman

Je souhaitais attirer votre attention sur le triangle de Karpman, un jeu psychologique qui peut se mettre en place dans les familles, au travail, dans la vie de tous les jours,… Ce triangle est un terrain fertile pour la manipulation.

Comme le résume parfaitement Christel Petitcolin dans son livre « Victime, bourreau ou sauveur : comment sortir du piège ? » :

Le Persécuteur/Bourreau attaque, brime, humilie, donne des ordres et provoque la rancune. Il considère la victime comme inférieure.

Le Sauveur étouffe, apporte une aide inefficace, crée la passivité par l’assistanat. Il considère aussi la victime comme inférieure et lui propose son aide, à partir de sa position supérieure.

La Victime apitoie, attire, énerve, excite. Elle se positionne comme inférieure et cherche un Sauveur ou un Persécuteur pour conforter sa croyance.

 

Triangle de Karpman
Extrait de “boostez votre parcours professionnel avec le mind mapping”
Exemple de scénario : l’enfant est une Victime évidente (car il est dépendant) et les parents jouent tour à tour le rôle de bourreau et de sauveur (via les compliments, les menaces, le chantage, les comparaisons, les jugements, les récompenses, punitions, etc.).

C’est comme cela que le schéma de ce jeu psychologique se met en place et se perpétue.

Mais il y a d’autres configurations possibles :

Le parent Persécuteur a peut-être été lui-même persécuté. Il reproduit donc ce qu’il a vécu en se montrant trop exigeant, anxieux, intolérant, répressif,… L’enfant sera donc privé de liberté, ne pourra pas montrer ses émotions, sera stressé et aura tendance à développer des complexes (notamment d’infériorité).

 

Le parent Sauveur sera trop laxiste et tentera sans cesse de plaire à son enfant. L’enfant deviendra capricieux, manipulateur et peu volontaire. Il ne développera pas son autonomie.

 

Le parent Victime est un parent infantile. Il ira même jusqu’à réclamer de se faire materner par ses propres enfants. Cette situation ne contribue pas au développement des enfants qui endosseront le rôle de Sauveur, négligeant leurs besoins au profit de la satisfaction et de la reconnaissance d’autrui.

 

On peut sortir de ce triangle ou refuser d’y entrer en se recentrant sur nos propres besoins, puis en s’exprimant de telle manière que les autres ne ressentent pas de culpabilité, de peur, de honte,…

Pour cela, une discipline s’impose : la communication non-violente de Marshall B. Rosenberg.

 

Marshall Rosenberg a construit la communication non violente (CNV) sur 4 bases :

OSBD

O comme Observation

Observez mais ne faites pas de jugement de valeur et ne généralisez pas.

A éviter : ” Tu es tout le temps en retard/désagréable/triste”.

Préférez plutôt : “Nous avions rendez-vous à 18H. Il est 18H15. J’aurais aimé être averti de ton retard.”
“Je vois que les habits ne sont pas rangés dans l’armoire.”

S comme Sentiment

Exprimez ce que vous ressentez, partagez vos émotions.

Par exemple : “Quand j’entends ces mots, je me sens rabaissé et triste.” “Je suis triste,…”

Retrouvez le vocabulaire des émotions dans cet article.

B comme Besoin

Derrière chaque émotion, se cache un besoin satisfait (sentiment positif) ou insatisfait (sentiment négatif).

Les besoins sont à la base de la CNV car “les jugements portés sur autrui sont des expressions détournées de nos propres besoins inassouvis”.

Les identifier, c’est s’inscrire dans une action réparatrice.

La liste des besoins est ici.

D comme Demande

C’est la dernière étape de CNV. Il s’agit d’exprimer une demande. N’attendons pas que les autres devinent nos besoins, exprimons-les. Ainsi nous évitons de porter des jugements hâtifs autant que faux sur ceux qui nous entourent. Et un reproche n’a jamais été une demande.

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