Tous les enfants tapent !
Il est 18h, la fatigue se fait sentir, et soudain, votre enfant lève la main sur vous ou sur un autre enfant. Face à ce geste, la frustration, voire la honte ou la colère, peuvent rapidement nous envahir en tant que parent. On se demande alors : « Pourquoi fait-il cela ? Combien de fois vais-je devoir lui répéter de ne pas taper ? » « Va-t-il taper toute sa vie ?»
Pour y répondre, il faut plonger dans la fascinante machinerie du cerveau de l’enfant afin de comprendre ce qu’est l’impulsivité et pourquoi le cerveau ne parvient pas encore à la réguler en autonomie.
Un passage presque universel
Avant toute chose, déculpabilisons : presque tous les enfants passent par une phase où ils tapent, mordent ou poussent. Ce n’est ni le signe d’une mauvaise nature, ni la preuve d’une éducation ratée.
Avant que le langage ne devienne un outil fluide pour exprimer la nuance de ses émotions, l’enfant utilise son corps. Taper est une réaction brute et archaïque face à un trop-plein émotionnel : une grande frustration, une colère soudaine, la fatigue, ou même l’incapacité à gérer un conflit pour un jouet. C’est un moyen de communication instinctif, bien maladroit, mais naturel.
Le cerveau en chantier : une affaire de connexions
Pourquoi l’enfant ne se contrôle-t-il pas alors qu’on lui a déjà expliqué que c’était interdit ? La réponse se trouve dans le développement de son cerveau, et plus particulièrement dans la bataille entre deux zones distinctes :
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L’amygdale (l’accélérateur des émotions) : Cette région du cerveau, responsable des émotions intenses et des réactions de survie, est pleinement opérationnelle dès le plus jeune âge. Elle s’allume comme une sirène d’alarme à la moindre contrariété.
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Le cortex préfrontal (la pédale de frein) : Situé à l’avant du cerveau, il gère la logique, la régulation des émotions et le contrôle des impulsions. Le problème ? Ce chef d’orchestre met environ 25 ans à se développer complètement.
Lorsqu’un enfant est contrarié, l’impulsion de taper naît dans l’amygdale. Pour que cette impulsion soit stoppée, il faut que le cortex préfrontal envoie un message d’interdiction. Ce message voyage via des liaisons neuronales. Chez le jeune enfant, ces liaisons (les câbles de freinage) sont encore fragiles, peu nombreuses et trop lentes. Le coup part avant même que le cerveau logique n’ait eu le temps d’intervenir.
La force de la répétition : combien de fois faudra-t-il intervenir ?
Il n’y a pas de chiffre magique. Il faudra intervenir des dizaines, des centaines, voire des milliers de fois.
L’apprentissage repose sur la plasticité cérébrale. Au départ, la connexion neuronale qui permet de retenir son geste est comme un petit chemin plein de ronces. À chaque fois que l’enfant est sur le point de taper, que le parent l’arrête avec fermeté et bienveillance, et lui propose une alternative (« Tu as le droit d’être en colère, mais tu ne tapes pas, dis-le avec des mots ou utilise ta roue de la colère »), ce chemin se débroussaille. Avec la répétition, il devient un sentier, puis une route, et enfin une autoroute automatique. La patience est la clé de ce câblage.
L’effet miroir : l’importance capitale du modèle parental
Si le câblage neurologique prend du temps, il est fortement influencé par l’environnement de l’enfant, et notamment par l’exemple de ses parents.
Le cerveau de l’enfant est doté de neurones miroirs. Ces cellules s’activent lorsqu’il observe une action, lui permettant d’apprendre par imitation. Les enfants sont de véritables éponges émotionnelles et comportementales : ils reproduisent ce qu’ils voient bien plus qu’ils n’écoutent ce qu’on leur dit.
C’est ici que le comportement parental joue un rôle crucial :
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Si l’enfant évolue dans un climat de violence verbale (cris fréquents, insultes, menaces) ou physique (fessées, tapes sur les mains, bousculades), il intègre ce schéma.
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Son cerveau enregistre que lorsque les « grands » sont en colère ou frustrés, ils utilisent la force verbale ou physique pour se faire entendre ou résoudre un problème.
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Dès lors, il devient illogique (et neurologiquement presque impossible) pour lui de ne pas taper lorsqu’il est lui-même submergé, puisqu’il reproduit la méthode de résolution de conflit de ses figures d’attachement.
À l’inverse, un parent qui parvient (même si c’est difficile !) à verbaliser sa propre frustration calmement ou à s’isoler pour redescendre en pression offre à l’enfant un modèle sain de régulation émotionnelle. L’enfant apprend ainsi par l’exemple à créer ses propres « freins » neurologiques.
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