Les traumas et leurs conséquences sur le cerveau : Comprendre les mécanismes invisibles
Selon les travaux du Dr Bessel van der Kolk, éminent spécialiste du stress post-traumatique, le traumatisme n’est pas seulement un événement passé, mais une empreinte physiologique laissée dans notre cerveau. Cette vidéo explicative détaille comment une expérience difficile peut modifier la structure même de notre système nerveux.
Trauma vs traumatisme : Quelle différence ?
Il est important de distinguer l’événement de sa conséquence.
-
Le trauma est la blessure (physique ou psychique) causée par une action extérieure.
-
Le traumatisme est la conséquence physiologique de ce trauma. C’est une « blessure » interne qui se traduit par la rupture de liaisons neuronales .
Tout comme une blessure au genou peut faire boiter, une blessure psychique peut modifier le comportement (phobies, évitement).
Que se passe-t-il dans le cerveau ?
Face à un événement effrayant ou douloureux, le cerveau active un mécanisme de survie sophistiqué :
-
Le blocage du thalamus : Le thalamus agit comme un filtre. En temps normal, il envoie les informations vers les lobes préfrontaux (le siège de la conscience et du raisonnement). Mais en cas de danger extrême, il se bloque pour nous épargner la conscience d’une réalité insoutenable, évitant ainsi un état de choc fatal.
-
La « route rapide » vers l’amygdale : L’information contourne la conscience et file directement vers l’amygdale (centre de la peur) et l’hippocampe.
-
Réaction archaïque : Le tronc cérébral prend le relais pour déclencher des réflexes de survie immédiats : fuite, attaque ou sidération (figement).
Les causes méconnues
Si l’on associe souvent le trauma à la guerre ou aux accidents violents, la vidéo souligne une réalité plus courante : les causes les plus fréquentes de traumas sont les expériences de rejet et la solitude, et ce dès le plus jeune âge.
Les séquelles neurologiques et psychologiques
Lorsque le trauma est violent ou répété, les connexions entre le thalamus et les lobes préfrontaux peuvent êtres fortement affectées. Cela engendre des symptômes spécifiques :
-
Perte de la chronologie : Le thalamus étant bloqué, il ne peut plus « dater » l’événement. La souffrance devient alors intemporelle ; la victime a l’impression de revivre l’événement en permanence, sans début ni fin.
-
Mémoire fragmentée : La personne ne peut pas raconter une histoire cohérente de ce qui s’est passé.
-
Difficulté à parler : Les zones du langage (situées dans les lobes préfrontaux déconnectés) sont inaccessibles, rendant la verbalisation de l’horreur extrêmement difficile.
Les violences éducatives et le danger pour le cerveau des enfants
Il est maintenant important de considérer le lien entre les violences éducatives et les effets sur le cerveau de l’enfant.
1. Le lien direct avec le « rejet et la solitude » Dans la vidéo, le narrateur précise à : « Les causes les plus courantes de trauma sont les expériences de rejet et la solitude, et ce dès le plus jeune âge. » Les violences éducatives (comme mettre un enfant au coin, l’isoler dans sa chambre parce qu’il pleure, ou le dénigrer) sont perçues par le cerveau de l’enfant comme une rupture de lien, un rejet ou une menace vitale, créant ainsi le terrain fertile pour un trauma.
2. Le mécanisme de l’agression extérieure La vidéo définit le trauma comme une blessure produite par une « action extérieure » perçue comme un danger. Pour un enfant, un parent qui crie fort, qui tape ou qui humilie représente une menace immédiate.
-
Réaction du cerveau : Le thalamus se bloque (sidération) ou envoie l’information directement à l’amygdale (peur).
-
Conséquence : L’enfant passe en mode « survie » (fuite, attaque ou figement). Il ne peut pas « analyser » la punition avec son lobe préfrontal (intelligence/raisonnement) car celui-ci est déconnecté par le stress.
3. Le facteur de répétition La vidéo souligne à que « la violence ou la répétition d’un trauma détruit les connexions neuronales ». Les violences éducatives ordinaires sont rarement des événements isolés ; elles sont souvent répétitives (habitudes éducatives). Cette répétition empêche le cerveau de l’enfant de se reconstruire et maintient un état d’alerte permanent (stress toxique), ce qui altère le développement du cerveau sur le long terme.
En résumé, le cerveau de l’enfant ne fait pas la différence entre une agression venant d’un ennemi et une « méthode éducative » violente venant d’un parent. Dans les deux cas, cela peut entraîner les lésions neuronales décrites dans votre vidéo.
Il est par conséquent vital que les adultes soient formés et informés sur les pratiques éducatives à favoriser pour protéger les enfants et qu’ils reconnaissent et « guérissent » des violences subies dans leur propre enfance pour éviter de les banaliser.
C’est dans cette idée que je partage régulièrement des ressources (voir ci-dessous) :
12 principes pour éviter les violences éducatives
Tableau : violences éducatives / suggestions bienveillantes
Les « Douces Violences » selon Christine Schuhl : Repenser nos postures quotidiennes
Le cerveau blessé : un outil pour aider les enfants à comprendre les effets du traumatisme
À lire :



