Le psychotraumatisme expliqué aux enfants
Face à un événement terrifiant, violent ou profondément choquant, le corps et l’esprit d’un enfant peuvent se retrouver submergés. Si certains événements laissent des blessures physiques, d’autres laissent des traces invisibles mais tout aussi douloureuses : c’est ce que l’on appelle le psychotraumatisme.
À travers sa série d’animation « Le trauma, c’est quoi ? », le Centre National de Ressources et de Résilience (CN2R) met en lumière les mécanismes complexes du traumatisme chez l’enfant. Mais au-delà de l’explication scientifique, une vérité fondamentale en ressort : l’importance cruciale d’en parler.
La tempête intérieure : Que se passe-t-il dans le cerveau ?
Pour comprendre l’urgence de la parole, il faut d’abord comprendre le silence du traumatisme. Lors d’un événement traumatique, le cerveau de l’enfant disjoncte. L’amygdale, qui agit comme une véritable alarme interne face au danger, s’active violemment. Dans une situation normale, une autre partie du cerveau (le cortex préfrontal) vient rapidement analyser la situation et éteindre l’alarme une fois le danger écarté.
Mais lors d’un trauma, la peur est si intense que cette alarme reste bloquée. L’hippocampe, chargé de ranger les souvenirs au bon endroit, n’arrive plus à faire son travail. Le passé fait alors irruption dans le présent : l’enfant revit l’événement terrifiant à travers des flashbacks (ou reviviscences), déclenchés par de simples détails du quotidien comme une porte qui claque ou une odeur particulière.
Les lunettes noires du traumatisme
Ce dérèglement neurologique a des conséquences profondes sur le quotidien de l’enfant, qui se manifestent à plusieurs niveaux :
-
Un chaos émotionnel : L’enfant peut être envahi par des émotions intenses et confuses (colère incontrôlable, peurs nouvelles, dégoût profond, tristesse) ou, au contraire, ne plus rien ressentir du tout et perdre sa capacité à éprouver de la joie.
-
L’épuisement de l’évitement : Pour ne plus revivre la terreur, l’enfant va tenter d’éviter tout ce qui lui rappelle l’événement (lieux, personnes, bruits). Ce mécanisme de survie l’isole peu à peu.
-
Des pensées toxiques : Le trauma modifie la perception que l’enfant a de lui-même et du monde. C’est comme s’il portait des lunettes aux verres sombres qui lui faisaient penser : « C’est de ma faute », « Le monde est dangereux », ou « Personne ne m’aime ».
Pourquoi parler est une nécessité vitale
Face à cette souffrance, le silence est le meilleur allié du traumatisme. Verbaliser ce qui s’est passé et ce que l’enfant ressent est l’outil le plus puissant pour amorcer la guérison. Voici pourquoi :
1. Pour déculpabiliser et apaiser Les enfants traumatisés portent souvent un fardeau immense : la honte et la culpabilité. Mettre des mots sur leur vécu permet aux adultes de leur faire passer un message essentiel : « Ce qui t’est arrivé n’est pas de ta faute, et toutes tes réactions (physiques, émotionnelles) sont des réactions normales de ton cerveau face à une situation qui, elle, n’était pas normale. »
2. Pour réapprendre au cerveau à se sentir en sécurité Tant que l’enfant garde ses peurs pour lui, son cerveau continue de croire que le danger est toujours présent (le fameux message « porte qui claque = danger »). Parler de ces déclencheurs avec un adulte de confiance ou un psychologue permet de déconstruire ces associations. C’est par le dialogue que l’on aide le cerveau à faire le tri entre le passé traumatique et la sécurité du moment présent.
3. Pour changer de « lunettes » Les pensées sombres ne sont pas une fatalité. L’entourage et les professionnels de santé sont là pour aider l’enfant à retirer ses lunettes noires et blanches. En exprimant ses peurs, l’enfant permet aux adultes de l’aider à trouver de nouvelles « lunettes » pour voir à nouveau toutes les couleurs de l’arc-en-ciel, retrouver l’estime de soi et recréer du lien avec les autres.
À retenir : Le psychotraumatisme n’est pas une fatalité. Les enfants possèdent une résilience extraordinaire, mais ils ne peuvent pas traverser cette épreuve seuls. Parler du trauma, que ce soit à l’école, en famille ou dans un cabinet médical, permet de briser l’isolement. C’est en offrant une oreille attentive, bienveillante et sécurisante que l’on aide les enfants blessés à ranger leurs souvenirs à la bonne place, à retrouver leur joie de vivre et à redevenir, tout simplement, des enfants.
Pour aller plus loin et aborder le psychotraumatisme en général, je vous recommande de visiter le site du Cn2r.
Prenez soin de vous ❤️🩹


