Pourquoi il faut arrêter de dire “Sois sage” à nos enfants

porter un regard bien-traitant sur l'enfant et sur soiL’expression “sois sage” est une des plus populaires dans la bouche des parents. C’est pourquoi il était grand temps d’en consacrer un article car il s’agit en réalité de l’arbre qui cache une forêt bien sombre…

Arnaud Deroo l’a d’ailleurs sélectionnée pour illustrer son livre “Porter un regard bien traitant sur l’enfant et sur soi“. Il y pointe du doigt ce “projet” d’avoir des enfants sages, un projet “contaminé” par l’histoire de l’éducation qui voit en l’enfant un être “pervers, manipulateurs”.

Car lorsqu’on demande (ou on ordonne) à un enfant d’être sage, on lui fait comprendre qu’il ferait bien de maitriser sa nature profonde qui consiste à provoquer le monde qui l’entoure et plus précisément ses géniteurs.

Il me cherche !” est une autre expression souvent associée aux croyances qui motivent ce “sois sage…”.

Cette prédiction d’opposition entre parents et enfants se traduit par l’utilisation d’un arsenal lui aussi issu du passé : obéissance, autorité, chantage, punition, récompense, humiliation et enfin, fessée.

 

Maintenant,  posons-nous la question que soulève l’auteur :

“En tant qu’adulte, préférons-vous apprendre par soumission ou par responsabilisation ?”

Qui pourrait se traduire par “Souhaitons-nous l’épanouissement à long terme de notre enfant ou l’asservissement immédiat ?”

 

Au fond, nous voulons tous que nos enfants soient heureux et qu’ils soient autonomes. Et pour cela, le meilleur des engrais n’est pas la menace et la violence mais bien l’attention, le dialogue et l’amour.

Aujourd’hui, c’est essentiellement notre passé qui provoque notre cécité. Ce que nous avons vécu étant enfant a conditionné notre manière de faire et de penser. Il est temps d’ouvrir les yeux sur les idées reçues qui parasitent notre expérience.

Voici des exemples de phrases qui symbolisent nos croyances erronées :

“Les enfants sont plus difficiles qu’avant…”

“Tout cela, c’est de la faute des parents…”

“Il faudrait revenir aux bonnes vieilles méthodes…”

“Une bonne fessée et on en serait pas là !”

“Moi j’ai reçu des fessées et des punitions. J’en suis pas mort(e)…”

“Les enfants ne respectent plus rien !”

“Mon fils/ma fille est difficile…et c’est de ma faute”

“Les enfants sont méchants, égoïstes, mauvais entre eux…”

“C’est pour ton bien que je te punis, tu comprendras plus tard.”

“Je ne crie pas assez, c’est pour ça qu’il n’écoute pas.”

 

Ecoutons Arnaud Deroo :

NON, les enfants ne sont pas plus difficiles qu’avant. Il ne sont pas sages ou mauvais, ILS SONT.

 

Changeons notre façon d’être…pendant 21 jours

Je propose aux parents qui se révoltent d’entendre que la fessée et l’humiliation sont inutiles dans le cadre de l’éducation d’essayer de s’en passer pendant 21 jours.

Vous pourrez ensuite reprendre vos (mauvaises) habitudes après ce test.

 

Pour nous donner toutes les chances de réussir cette étape importante de la vie de notre enfant (et de la notre), commençons par supprimer ce “sois sage” de notre vocabulaire pour plusieurs raisons :

 

1) Quand nous disons “sois sage”, notre enfant comprend “sois sage sinon…”

“Ma mère/mon père ne m’aimera plus si je ne suis pas sage.” Voilà la traduction d’un enfant. Or, vous conviendrez que la relation entre un enfant et ses parents doit absolument être basée sur un “amour inconditionnel”.

Donc, laisser planer la menace d’un retrait de l’amour si l’enfant n’est pas sage, est anxiogène et traumatisant.

 

2) “être sage” n’est pas un objectif.

Avez-vous déjà entendu dire un enfant qu’on interroge sur son avenir : “quand je serai grand, je voudrais être…sage !”

Nous-autres, parents, ne souhaitons pas cela pour nos enfants. Nous dirons plutôt que nous désirons qu’ils réussissent leur vie, qu’ils soient heureux, etc. Pour cela, ils ont besoin d’avoir confiance en eux et d’avancer en apprenant au fil du voyage.

 

3) Que voulons-nous dire par “sois sage” ?

Que signifie pour nous “être sage” ? Quel comportement adopter pour être sage ? S’agit-il de respect ? D’écoute ? De ne plus bouger ? D’être poli ?

“Sois sage” reflète d’abord un de nos besoins. Dans ce cas, formulons une demande précise à notre enfant en lui expliquant ce que nous attendons de lui et surtout, pourquoi.

Et quand j’écris “pourquoi”, ce n’est pas en lui disant “je suis ton père/ta mère/plus grande que toi…”, ça, il le sait.

Puis écoutons ce qu’il a à nous répondre (par sa réaction) car, lui aussi a des besoins. Par exemple, un enfant a besoin de se sentir utile, de manger, de boire, de bouger, d’être sécurisé…

Bref, je vous renvoie à cet article sur la tempête émotionnelle dans un magasin pour mieux comprendre.

 

4) Et nous, sommes-nous sages ?

En éducation, il existe un concept que nous connaissons bien puisqu’il est à la base de nos croyances : l’imitation.

Nos enfants, comme nous à leur âge, observent leurs parents et les prennent pour modèles. Ils copient/collent tous nos faits et gestes. Donc, le premier réflexe que nous devons avoir est d’être exemplaire.

Si nous montrons que la violence orale et physique est une solution de communication, ne nous étonnons pas qu’ils se l’approprient…

Par conséquent, revoyons votre manière d’agir afin que cela ne vous revienne pas comme un boomerang. Et puis, nous ne voudrions blesser personne, si ?

 

5) “Sois sage” ne règle pas le déficit d’autorité

Bienveillance ne signifie pas absence d’autorité, fort heureusement.

Mon fils n’a jamais fait un seul caprice de toute sa vie. Mieux, il a connu la colère (rarement, c’est vrai) et il a appris à la canaliser en exprimant progressivement ses besoins.

De plus, j’ai appris à observer les signes qui précèdent une émotion désagréable. Nous posons alors immédiatement des mots dessus et nous nous orientons vers des solutions qui le responsabilisent. Nous nous faisons confiance mutuellement.

Une autorité bienveillante est par conséquent possible et à la portée de tous. Et elle est beaucoup plus efficace car elle ne s’appuie pas sur l’opposition et la peur mais sur la collaboration et l’attachement (qui favorisent par exemple l’auto-discipline).

 

6) “Sois sage” alimente des croyances erronées chez l’enfant

A force d’ordonner à un enfant d’être sage, chose qu’il ne pourra pas respecter 100% du temps (c’est un enfant, pas un robot), nous l’habituons à avoir ce type de croyances :

– je suis vilain, mauvais

– j’énerve tout le temps maman/papa

– je ne fais que des bêtises

– Papa/maman ne m’aime pas

– c’est ma faute

– je suis nul, je n’arrive pas à rester sage

 

On appelle cela des croyances limitantes. Elles entachent l’estime de soi de l’enfant et entravent son processus d’apprentissage.

 

7) “Sois sage” bloque le dialogue

Quand on prononce “sois sage”, on croit avoir tout dit… En réalité, c’est une méthode de communication à sens unique. Or, la clé de l’éducation est dans l’échange et donc dans le fait de laisser suffisamment de portes ouvertes pour que l’enfant se confie, s’enrichisse des échanges et se construise au côté de ses guides/parents/révélateurs de talents.

Je vous invite à lire cet article sur les questions dans l’éducation.

 

 

J’espère que vous avez apprécié ce focus sur cette expression populaire et vous invite à réagir en toute sagesse (autre sens de sage).

 

Le livre d’Arnaud Deroo, “Porter un regard bien traitant sur l’enfant et sur soi“,  est une véritable réussite. Je vous le conseille disponible sur Amazon.fr.

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