Comment et pourquoi éduquer sans punition ni récompense
Et si nous pouvions obtenir la coopération de nos enfants sans jamais avoir recours aux punitions ni aux récompenses ? Dans une conférence mémorable, Marshall Rosenberg, fondateur de la Communication NonViolente, nous invite à déconstruire nos réflexes de « domination » pour bâtir une relation fondée sur la connexion et la joie de contribuer.
Parfois, en tant que parents, nous avons l’impression d’être coincés dans un duel permanent. Nous utilisons les menaces (« Si tu ne ranges pas, pas de dessert ! ») ou les promesses (« Si tu es sage, tu auras une image »). Mais à quel prix ?
Le piège du langage « Chacal »
Marshall Rosenberg utilise une métaphore puissante : le Chacal. C’est cette petite voix en nous qui juge, étiquette et critique. Lorsque nous disons à notre enfant « Tu es paresseux » ou « Tu joues trop à la console », nous parlons le langage de la domination. Ce langage crée de la résistance, de la honte ou de la soumission, mais jamais une envie sincère de coopérer.
Pourquoi les récompenses sont aussi nocives que les punitions
C’est sans doute le point le plus contre-intuitif : la récompense est une punition déguisée.
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La punition fait agir par peur de la souffrance.
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La récompense fait agir par appât du gain.
Dans les deux cas, l’enfant n’apprend pas la valeur de son action. Il n’apprend pas à ranger parce que c’est agréable de vivre dans une maison ordonnée, il range pour obtenir un objet ou éviter un cri. Marshall Rosenberg pose cette question essentielle : « Quelle raison voulez-vous que votre enfant ait de faire ce que vous lui demandez ? »
Devenir une « Girafe » : Le langage du cœur
La Girafe est l’animal au plus gros cœur. Pour passer en mode « Girafe » avec nos enfants, Marshall Rosenberg propose quatre étapes simples mais transformatrices (le processus OSBD) :
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Observation (O) : Décrire les faits, sans jugement. Au lieu de « Ta chambre est un dépotoir », préférez « Je vois trois vêtements par terre ».
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Sentiment (S) : Exprimer ce que l’on ressent (fatigue, inquiétude, découragement) sans accuser l’autre.
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Besoin (B) : Identifier le besoin non comblé (besoin d’ordre, de sécurité, de repos).
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Demande (D) : Faire une demande précise, positive et réalisable.
Entendre la « belle chanson » derrière le « Non »
L’un des plus grands enseignements de Marshall Rosenberg est l’empathie. Derrière chaque comportement difficile, derrière chaque « Non » ou chaque cri, il y a un besoin non comblé. Quand votre enfant refuse d’obéir, il ne cherche pas à vous nuire, il cherche à protéger un besoin (souvent son autonomie). Si nous parvenons à entendre cette « belle chanson » (le besoin caché), la tension retombe immédiatement. L’enfant se sent compris, et la négociation devient possible.
La gratitude : nourrir le lien
Enfin, Marshall Rosenberg nous invite à remplacer les compliments creux (« C’est bien, tu es gentil ») par une gratitude sincère. Dites à votre enfant précisément ce qu’il a fait, ce que vous avez ressenti et quel besoin il a nourri chez vous. C’est le plus beau carburant pour son estime de soi.
En résumé : Éduquer en CNV, ce n’est pas être laxiste. C’est être assez puissant et cohérent pour ne pas avoir besoin de la force. C’est passer d’un pouvoir sur l’enfant à un pouvoir avec l’enfant.
À lire aussi : Les mots sont des fenêtres (ou bien ce sont des murs) de Marshall B. Rosenberg.
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