Tu as du mal à identifier tes émotions ? Ton enfant va t’apprendre (et c’est une très bonne nouvelle)
Tu voudrais accueillir les émotions de ton enfant. Tu as lu les articles, tu connais la théorie. Et pourtant, au moment où il explose, tu te retrouves sans mots. Tu ne sais pas nommer ce qu’il vit… parce que personne ne t’a appris à nommer ce que toi, tu vis. Ce n’est pas un défaut. C’est un apprentissage qui n’a jamais eu lieu. Et il n’est pas trop tard.
Tu n’as pas appris. Ce n’est pas ta faute.
Fais un rapide retour en arrière. Quand tu étais petit et que tu pleurais, qu’est-ce qu’on te disait ?
« Arrête de pleurer. » « C’est rien. » « Tu vas pas en faire un drame. » « Va dans ta chambre et reviens quand tu seras calme. »
Personne ne t’a dit « tu es en colère parce que tu trouves ça injuste ». Personne ne t’a proposé de mot pour la boule dans ton ventre. Tu as donc appris quelque chose de très efficace pour survivre à ton enfance : ranger ce que tu ressens dans un tiroir et faire comme si de rien n’était.
Trente ans plus tard, le tiroir est toujours là . Tu ne manques pas d’émotions : tu manques de vocabulaire pour les désigner et de permission pour les montrer. C’est très différent. Et le vocabulaire, ça s’apprend à tout âge.
Mettre des mots calme réellement le cerveau
Ce n’est pas une jolie idée : c’est mesurable. Les travaux de Matthew Lieberman et de son équipe (UCLA, 2007) ont montré que le simple fait de nommer une émotion fait baisser l’activité de l’amygdale — la zone du cerveau qui déclenche l’alarme — et active le cortex préfrontal, celui qui réfléchit et régule. Daniel Siegel a résumé ça en une formule qui a fait le tour du monde : « name it to tame it », nomme-la pour l’apprivoiser.
Autrement dit : quand tu dis à voix haute « là , je suis épuisé et j’ai besoin de silence », tu ne fais pas que communiquer. Tu es en train de réguler ton propre système nerveux. Et ton enfant, à côté, assiste en direct à une démonstration.
Ton enfant est ton meilleur professeur
Voilà le retournement. Tu crois que tu dois lui enseigner les émotions. En réalité, vous allez les apprendre ensemble.
Ton enfant, lui, vit tout à fleur de peau. Son cortex préfrontal est en chantier pour encore deux décennies : il ne peut pas filtrer, il ne peut pas « prendre sur lui ». Chaque émotion le traverse entièrement. Ce que tu perçois comme une crise disproportionnée est en fait une vague qu’il n’a pas encore les moyens de surfer.
Il a besoin d’un adulte qui valide (« c’est vrai que c’est frustrant ») et qui verbalise (« on dirait que tu es déçu »). Les recherches de John Gottman sur le « coaching émotionnel » montrent que les enfants dont les parents accueillent et nomment les émotions se régulent mieux, se concentrent mieux et entretiennent de meilleures relations. Ils deviennent des adultes qui savent identifier ce qu’ils ressentent — et surtout le besoin qui se cache derrière.
Le co-apprentissage, concrètement : chaque fois que tu cherches un mot pour son émotion, tu l’apprends aussi pour toi. Tu ne joues pas au professeur qui sait. Tu es l’apprenti d’à côté. Et tu peux le dire : « Moi non plus, je ne sais pas toujours mettre un mot dessus. On cherche ensemble ? »
Le droit de ressentir : pour lui, et pour toi
Il y a une distinction essentielle à poser dans la maison :
Toutes les émotions sont légitimes. Tous les comportements ne le sont pas.
Ton enfant a le droit d’être fou de rage. Il n’a pas le droit de frapper. Toi, tu as le droit d’être excédé. Tu n’as pas le droit de crier des mots qui blessent. L’émotion n’est jamais le problème : elle est un signal, un messager qui indique un besoin insatisfait. Le travail ne consiste pas à faire taire le messager, mais à écouter son message et choisir quoi en faire.
Ce droit de ressentir, offre-le-toi aussi. Tu as le droit d’être triste un mardi matin sans raison identifiable. D’être en colère contre ton enfant tout en l’aimant profondément. D’être épuisé par une journée que d’autres trouveraient facile. Rien de tout cela ne fait de toi un mauvais parent.

Les trois marches : ressentir, exprimer, réguler
On saute souvent directement à la troisième marche (« calme-toi »), alors que les deux premières n’ont pas été franchies. Or l’ordre compte.
1. Ressentir et identifier
Où ça se passe dans le corps ? Gorge serrée, ventre noué, mâchoires crispées, jambes qui s’agitent. Le corps parle avant les mots. C’est le point de départ le plus accessible quand le vocabulaire manque.
2. Nommer et exprimer
Passer de « je suis énervé » à « je suis débordé et j’ai besoin de dix minutes seul ». La précision fait toute la différence : plus le mot est juste, plus le besoin derrière devient visible.
3. Réguler
Attention : réguler n’est pas se contrôler. Stuart Shanker insiste sur cette nuance. Se contrôler, c’est écraser l’émotion avec de la volonté — coûteux et peu durable. Réguler, c’est repérer ce qui fait monter la tension et agir sur la cause : baisser le bruit, sortir prendre l’air, boire un verre d’eau, respirer plus lentement, réduire les stimulations.
Deux outils pour ne pas rester seul face au vide
La roue des émotions
C’est l’outil le plus simple et le plus efficace quand les mots manquent — pour l’enfant comme pour le parent. Une roue affichée dans le salon ou sur le frigo, et soudain on n’a plus besoin d’inventer : on pointe. La roue propose le vocabulaire à la place de ton cerveau saturé.
Comment l’utiliser sans en faire un exercice scolaire :
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Jamais pendant la crise. En pleine tempête, le cerveau ne peut pas lire. On l’utilise avant, après, ou à froid.
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Commence par toi. « Aujourd’hui, moi, j’étais là » en pointant « submergé ». Ton enfant apprend en te regardant faire.
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Un rituel court le soir. Trente secondes chacun, sans commentaire ni interprétation. On nomme, c’est tout.
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Va vers la précision. Derrière la colère se cachent souvent la peur, la déception, l’humiliation ou la fatigue. C’est là que le besoin apparaît.

Le Kit Créatures — « J’apprivoise mes émotions avec les créatures »
Pour beaucoup d’enfants — et beaucoup d’adultes — parler de « son » émotion est trop frontal. Dire « je suis en colère », c’est risquer d’être en colère devant l’autre. Dire « ma créature de la colère s’est réveillée », c’est infiniment plus facile.
C’est tout l’intérêt du Kit Créatures : donner un visage, un nom et un caractère à chaque émotion. L’émotion cesse d’être une menace intérieure diffuse pour devenir un personnage qu’on peut observer, décrire… et apprivoiser. On ne devientplus son émotion : on l’accueille comme une visiteuse qui a quelque chose à dire, puis qui repart.
Et si tu l’utilisais pour toi aussi ?
Rien ne t’oblige à réserver ces outils à ton enfant. Le soir, désigne ta créature du jour. Tu verras : le langage imagé désamorce la pudeur bien plus vite que les grands mots. Et ton enfant découvre qu’un adulte aussi traverse des tempêtes — et qu’on peut en parler tranquillement.
Des mantras à te répéter
Quand la journée dérape, on n’a pas la disponibilité mentale de dérouler une réflexion. On a besoin de phrases courtes, déjà prêtes. Choisis-en deux ou trois, écris-les sur un post-it, colle-les là où tu passes.
« Je n’ai pas appris. J’apprends maintenant. »
« Ce que je ressens est légitime, même si je ne sais pas encore le nommer. »
« Mon enfant n’est pas contre moi. Il est en difficulté. »
« Je n’ai pas besoin d’être calme pour être un bon parent. J’ai besoin d’être honnête. »
« Derrière cette émotion, il y a un besoin. Lequel ? »
« Je peux réparer. Toujours. »
« Je fais de mon mieux avec ce que j’ai reçu — et je reçois mieux aujourd’hui. »
Et surtout : de la compassion pour toi-même
Tu vas te tromper. Tu vas hausser le ton un soir où tu avais promis de rester posé. Tu vas dire « c’est rien » par réflexe, exactement comme on te le disait. Et ce soir-là , une petite voix te dira que tu es un mauvais parent.
Les travaux de Kristin Neff sur l’autocompassion sont clairs : se traiter avec dureté ne rend pas plus performant. Cela augmente le stress, l’anxiété… et donc les réactions impulsives. À l’inverse, un parent qui s’accorde de la bienveillance récupère plus vite et revient plus disponible.
L’autocompassion tient en trois gestes tout simples : reconnaître que ce moment est difficile, te rappeler que des millions de parents vivent exactement la même chose ce soir, et te parler comme tu parlerais à ton meilleur ami. Pas de complaisance là -dedans : juste le carburant nécessaire pour continuer.
Le plus beau dans cette histoire : tu n’as pas à devenir un parent qui maîtrise ses émotions pour aider ton enfant. Tu as juste à devenir un parent qui essaie de les nommer devant lui. C’est ça, le modèle dont il a besoin. Pas la perfection : le chemin.
Alors sors la roue. Sors les créatures. Pose-les sur la table. Et dis simplement : « Moi non plus, on ne m’a jamais appris. On apprend ensemble ? »
Dans vingt ans, ton enfant ne se souviendra pas des fois où tu as perdu patience. Il se souviendra qu’à la maison, on avait le droit de ressentir — et qu’on cherchait les mots ensemble.
Sources
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Lieberman M. D. et al., Putting Feelings Into Words, Psychological Science, 2007.
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Siegel D. J. & Bryson T. P., Le Cerveau de votre enfant, Les Arènes.
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Gottman J., Raising an Emotionally Intelligent Child, Simon & Schuster.
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Shanker S., Self-Reg, Renaud-Bray / Penguin.
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Neff K., Self-Compassion, William Morrow.
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Gueguen C., Pour une enfance heureuse, Robert Laffont.
J’apprivoise mes émotions avec les créatures
Parce qu’il est plus facile de dire « ma créature de la colère s’est réveillée » que « je suis en colère ». Le Kit Créatures donne un visage, un nom et un caractère à chaque émotion : elle cesse d’être une menace intérieure pour devenir un personnage qu’on observe, qu’on décrit… et qu’on apprivoise.
Dans le kit :
- Les créatures des émotions à imprimer, à afficher et à manipuler
- Des supports pour identifier l’émotion, la nommer et repérer le besoin derrière
- Des activités simples à faire en duo parent-enfant, sans matériel compliqué
- Un format PDF téléchargeable immédiatement, réimprimable autant de fois que tu veux
Conçu pour les enfants… et redoutablement efficace pour les parents qui n’ont jamais appris à nommer ce qu’ils ressentent.
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