Pourquoi les hommes sont-ils plus « excessifs » que les femmes ? Ce que dit la science

Une grande méta-analyse parue dans les PNAS (Proceedings of the National Academy of Sciences ) bouscule notre façon de comprendre les différences entre hommes et femmes — et ce que l’on transmet à nos enfants.

L’idée reçue : les hommes sont différents en moyenne

Quand on parle des différences entre hommes et femmes, on compare le plus souvent des moyennes : en moyenne, les hommes prennent plus de risques, en moyenne, les femmes coopèrent davantage. C’est utile, mais c’est incomplet. Une étude publiée en juin 2021 dans les Proceedings of the National Academy of Sciences (PNAS) propose un angle radicalement différent — et franchement éclairant.

Et si la vraie différence ne résidait pas dans la moyenne, mais dans l’écart-type — c’est-à-dire dans la dispersion des comportements ?

97 études, plus de 50 000 personnes

Les chercheurs Christian Thöni (Université de Lausanne) et Stefan Volk (Université de Sydney) ont mené une méta-analyse de 97 études en économie expérimentale, portant sur plus de 50 000 participants. Leur question : les hommes et les femmes diffèrent-ils uniquement par leurs moyennes, ou aussi par la variabilité de leurs comportements ?

Résultat sans appel : les hommes sont significativement plus représentés aux deux extrémités du spectre comportemental — qu’il s’agisse des préférences temporelles (patience vs impulsivité), de la prise de risque (prudence vs témérité), ou des comportements sociaux (altruisme vs égoïsme).

Dit autrement : un homme est plus susceptible d’être soit très généreux soit très égoïste. Une femme sera plus souvent dans une zone intermédiaire, modérée. Ce n’est pas que les femmes soient « moins intéressantes » — c’est qu’elles sont statistiquement plus stables et plus prévisibles dans leurs comportements.

« Les hommes sont plus susceptibles d’avoir des préférences extrêmes, les femmes des préférences modérées. »
— Thöni & Volk, PNAS, juin 2021

Pourquoi ? Deux hypothèses majeures

1. L’hypothèse évolutionnaire

Une explication classique en biologie évolutionnaire est la suivante : les femmes, parce qu’elles investissent biologiquement davantage dans la reproduction (grossesse, allaitement, soins), ont tout intérêt à être sélectives et prudentes. Les hommes, eux, ont historiquement eu besoin de se distinguer pour être choisis comme partenaires. Cette pression de sélection aurait favorisé des comportements plus extrêmes — pour le meilleur (les grands altruistes, les grands explorateurs) comme pour le pire.

C’est ce qu’on appelle parfois la Greater Male Variability Hypothesis, déjà observée dans d’autres domaines comme le QI ou les traits de personnalité.

2. L’hypothèse sociale et culturelle

Mais attention — et c’est là que ça nous concerne directement en tant que parents : les auteurs soulignent qu’une explication alternative, ou complémentaire, est d’ordre social. Dès le plus jeune âge, les garçons sont souvent davantage encouragés, voire récompensés, pour des comportements extrêmes. On valorise le garçon « casse-cou », on tolère plus facilement l’agressivité, on admire le grand généreux ou le grand compétiteur.

Les filles, à l’inverse, sont plus souvent socialisées vers des comportements modérés, coopératifs, équilibrés. Ni meilleurs ni pires — mais différents dans leur dispersion.

L’étude ne tranche pas entre les deux hypothèses — et c’est intellectuellement honnête. La biologie et la culture interagissent en permanence. Ce qu’elle montre, c’est que se focaliser uniquement sur les moyennes nous empêche d’accéder à une autre perspective.

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Ce que ça change pour nous, parents

Première chose : cette étude ne dit pas que les hommes sont « mieux » ou « moins bien » que les femmes. Elle dit qu’ils sont plus dispersés. C’est une nuance capitale. Les hommes ne sont pas en moyenne plus égoïstes — ils sont plus souvent aux deux extrêmes.

Deuxième chose, et c’est celle qui m’interpelle le plus : si une partie de cette variabilité est façonnée par nos messages éducatifs, alors nous avons un levier. Pas pour « corriger » les garçons ou effacer les différences — mais pour élargir l’espace de possibles.

Quand tu laisses ton fils explorer ses émotions sans lui dire « pleure pas, t’es un garçon », tu ne l’affaiblis pas. Tu lui offres un spectre plus large pour grandir. Quand tu encourages ta fille à prendre des risques calculés, à défendre ses idées avec fermeté, tu ne la « masculinises » pas. Tu enrichis ses ressources.

La biologie nous donne une base. L’éducation, elle, nous donne une marge de manœuvre précieuse.

En résumé

  • Une méta-analyse de 97 études (50 000+ participants) montre que les hommes sont plus souvent aux extrêmes du spectre comportemental que les femmes.
  • Cela concerne la prise de risque, la patience/impulsivité, et les comportements sociaux (altruisme/égoïsme).
  • Les femmes ont tendance à avoir des préférences plus modérées et stables.
  • Les causes sont probablement à la fois évolutionnaires et sociales — les deux ne s’excluent pas.
  • En tant que parents, nos messages éducatifs participent à cette variabilité. Ce n’est pas une fatalité.

Source : Thöni C, Volk S. « Converging evidence for greater male variability in time, risk, and social preferences », Proceedings of the National Academy of Sciences, vol. 118, n°23, juin 2021. DOI : 10.1073/pnas.2026112118

 

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