« Mon corps m’appartient » : comment respecter le consentement de ton enfant peut le protéger des dangers
Apprendre à un enfant que son « non » compte, ce n’est pas de la désobéissance. C’est lui donner le premier outil dont il aura besoin pour se protéger, oser parler, et grandir en sachant que son corps lui appartient.
Le consentement de l’enfant se construit dans des dizaines de tout petits moments du quotidien, bien avant qu’il ne soit question de sexualité. Chaque fois que tu respectes son « non », tu lui apprends une leçon capitale : ce qui arrive à mon corps, c’est moi qui décide. Cette conviction-là est aujourd’hui reconnue comme l’un des remparts les plus efficaces contre les violences sexuelles.
Le consentement expliqué en vidéo — à regarder pour aborder le sujet en douceur.
Concrètement, respecter le consentement de ton enfant au quotidien
Pas besoin d’attendre « la bonne conversation ». Le consentement s’apprend dans les gestes ordinaires. Voici des habitudes simples à installer, sans dramatiser :
- Ne jamais forcer un câlin ou un bisou. Si ton enfant ne veut pas embrasser un proche, propose une alternative : « Tu préfères un check, un signe de la main ? » Tu lui montres qu’il a le droit de refuser un contact physique, même avec quelqu’un qu’il aime.
- Arrêter le jeu dès qu’il dit « stop ». Chatouilles, bagarres pour rire, portés dans les airs : au premier « non » ou « arrête », on s’arrête immédiatement. C’est là qu’il intègre que son « non » a un vrai pouvoir.
- Nommer les parties du corps avec les vrais mots. Pénis, vulve, testicules, fesses… Un enfant qui possède les mots justes pourra dire précisément ce qu’il a vécu. Un enfant sans les mots reste sans défense.
- Respecter son intimité. Frapper avant d’entrer dans sa chambre, le laisser se laver seul dès qu’il le peut, ne pas le montrer sur les réseaux. Tu lui enseignes que son corps a une frontière que les autres doivent respecter.
- Demander avant de toucher. « Je peux te prendre la main pour traverser ? », « Je nettoie ta joue, d’accord ? » Ces petites demandes ancrent l’idée qu’on demande la permission avant de toucher le corps de quelqu’un.
- Poser la règle des zones privées. « Les parties couvertes par ton maillot sont privées. Personne n’a le droit de les regarder ou de les toucher, et toi non plus tu n’as pas à toucher celles des autres. Sauf un médecin, quand papa ou maman est là. »
- Distinguer surprise et secret. Apprends-lui qu’une surprise, ça finit toujours par se dire (un cadeau, une fête). Un « secret » qu’un adulte lui demande de garder pour toujours, surtout s’il concerne son corps, doit toujours être raconté à un adulte de confiance.
À dire et redire à ton enfant : « Ton corps t’appartient. Tu as le droit de dire non. Si quelque chose te met mal à l’aise, même si c’est quelqu’un qu’on connaît, tu peux m’en parler : je te croirai et tu n’auras jamais d’ennuis. »
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Avec Les Fourmis Empathiques, nous avons créé un jeu de plateau gratuit qui reprend, case après case, toutes les compétences ci-dessus : nommer ce que l’on aime et ce qui met mal à l’aise, reconnaître les signaux de son corps, dire non avec fermeté, savoir quoi faire quand quelqu’un dit « stop », identifier les parties du corps que personne n’a le droit de toucher… L’enfant avance en répondant aux questions, et sans en avoir l’air, il muscle sa capacité à s’affirmer et à se protéger.
Révisé par une spécialiste de la protection des enfants face aux violences sexuelles, il a déjà été téléchargé plus de 12 000 fois. À télécharger ici : lesfourmisempathiques.fr/download/le-jeu-du-consentement
Pourquoi c’est à ce point important : regarder la réalité en face
Ces chiffres ne sont pas là pour t’effrayer ni te culpabiliser. Ils sont là pour rappeler une chose simple : la prévention n’est pas un luxe, et elle commence à la maison.
En France (données CIIVISE)
- 160 000 enfants sont victimes de violences sexuelles chaque année, soit un enfant victime d’un viol ou d’une agression sexuelle toutes les 3 minutes.
- 5,4 millions de femmes et d’hommes adultes déclarent en avoir été victimes durant leur enfance.
- Seules 19 % des victimes portent plainte (12 % en cas d’inceste), et une infime minorité des affaires aboutit à une condamnation.
- Après la révélation des faits, près d’un enfant sur deux (45 %) ne voit aucun changement dans sa situation et n’est pas mis en sécurité.
La Commission indépendante sur l’inceste et les violences sexuelles faites aux enfants (CIIVISE) a recueilli 30 000 témoignages et formulé 82 préconisations dans son rapport de 2023, « On vous croit ». Son bilan de juin 2026 rappelle que ces chiffres restent « insupportables » et que le chantier de la protection est loin d’être terminé.
Au Québec (données Fondation Marie-Vincent)
- 1 fille sur 5 et 1 garçon sur 10 rapportent avoir subi une agression sexuelle avant l’âge de 18 ans.
- 53 % des victimes ont moins de 18 ans, et parmi elles 13 % ont moins de 5 ans.
- On estime que seulement 10 % des violences sexuelles subies dans l’enfance sont rapportées aux autorités.
Le chiffre qui change tout : dans 98 % des cas, l’agresseur est une personne connue de l’enfant.
C’est pourquoi le vieux réflexe « méfie-toi des inconnus » ne suffit pas — et peut même être trompeur. Le danger vient rarement d’un étranger dans la rue. Il vient bien plus souvent de l’entourage. Protéger son enfant, ce n’est donc pas lui apprendre la peur des autres, mais lui apprendre à écouter son propre ressenti et à savoir vers qui se tourner.
Le lien direct entre consentement au quotidien et protection
Pourquoi les spécialistes de la prévention insistent-ils autant sur le consentement dès le plus jeune âge ? Parce qu’un enfant à qui l’on a appris que son « non » compte réunit exactement les conditions qui le rendent moins vulnérable :
- Il ose dire non. Un enfant habitué à ce que ses refus soient respectés à la maison identifie plus vite un geste déplacé et se sent légitime à s’y opposer.
- Il a les mots pour raconter. Un enfant ne peut pas dénoncer une violence sexuelle s’il ne possède pas les mots pour nommer son corps et ce qui lui est arrivé. Le vocabulaire, c’est le pouvoir de parler.
- Il sait faire la différence entre un bon et un mauvais secret. Or les agresseurs s’appuient presque toujours sur le secret et l’isolement de l’enfant vis-à-vis des adultes de confiance.
- Il sait vers qui se tourner. Un enfant qui a entendu « quoi qu’il arrive, tu peux m’en parler et je te croirai » sait qu’il a un adulte-ressource. C’est souvent ce qui fait la différence entre le silence et la révélation.
Autrement dit, chaque fois que tu respectes le consentement de ton enfant dans un moment banal, tu ne fais pas que de la politesse : tu construis, brique après brique, sa capacité à se protéger.
Toutes les ressources gratuites pour t’accompagner et protéger ton enfant
En cas de doute ou d’urgence — écoute et signalement
- 119 — Enfance en danger. Numéro national gratuit, anonyme, 24h/24 et 7j/7, qui n’apparaît pas sur les factures. Pour tout enfant en danger ou en risque de l’être. Accessible aussi par écrit et par tchat sur allo119.gouv.fr, avec un relais en Langue des Signes Française.
- 3018 — Violences numériques. Pour le cyberharcèlement et les violences sexuelles en ligne (dont le partage non consenti d’images intimes). Tchat gratuit et anonyme, et application 3018 à télécharger.
- En cas de danger immédiat : 17 (police/gendarmerie) ou 15 (SAMU). Les violences sexuelles constituent une urgence médicale.
Pour parler avec ton enfant (livrets et outils gratuits)
- « Le jeu du consentement » (Les Fourmis Empathiques) — un jeu de plateau gratuit à télécharger, révisé par une spécialiste de la protection de l’enfance face aux violences sexuelles. Un support ludique qui aide l’enfant à se connecter à ses ressentis, à s’affirmer, à respecter son intégrité et celle des autres, et à trouver les mots pour raconter ce qu’il vit. À télécharger sur lesfourmisempathiques.fr.
- « Quand on te fait du mal » — livret d’information gratuit conçu par l’association Mémoire traumatique et victimologie (Dre Muriel Salmona et Sokhna Fall), illustré par Claude Ponti. Pensé pour les enfants de la maternelle au CE1, avec un guide d’accompagnement pour les adultes. Téléchargeable et disponible gratuitement en écrivant à l’association. À retrouver sur memoiretraumatique.org.
- « Mon corps c’est mon corps » — programme canadien de prévention, avec le célèbre « test des 3 questions » à faire mémoriser à l’enfant pour évaluer une situation à risque. Fiches et guide d’utilisation disponibles gratuitement en ligne.
- L’affiche d’Élise Gravel sur le consentement — un support visuel simple et gratuit pour aborder le sujet à hauteur d’enfant.
- Les affiches des fourmis : disponible ici.

Pour te former, toi (parents et professionnels)
- Module de formation interactif gratuit (30 min) sur les violences sexuelles faites aux enfants, réalisé avec l’expertise de la Dre Muriel Salmona. Il donne des moyens concrets pour repérer, signaler et protéger. Accessible sur memoiretraumatique.org, avec des PDF à télécharger.
- Le blog « Stop aux violences » de la Dre Muriel Salmona : fiches pratiques, affiches et actualités.
- Le site de la CIIVISE (ciivise.fr) : rapports, livret de formation et repères pour repérer et signaler.
Une mine d’outils gratuits côté Québec
- Fondation Marie-Vincent (marie-vincent.org) : un site entier d’outils gratuits pour la prévention. Vidéos pour les tout-petits comme pour les ados, activités pédagogiques avec fiches de discussion, articles pour les parents. Leur approche : une éducation à la sexualité saine et à des relations égalitaires, dès le plus jeune âge, pour faire de l’adulte une figure de confiance et de sécurité.
Un podcast et un livre de la psychologue Joanna Smith
Un livre de référence (pour aller plus loin)
- « Mon corps m’appartient ! Respect, intimité, consentement, parlons-en » d’Isabelle Filliozat et Margot Fried-Filliozat (Nathan, dès 7 ans). Un ouvrage qui parle sans tabou du corps, de l’intimité, du consentement et de ce que dit la loi. Le livre est payant, mais un kit pédagogique d’accompagnement est proposé gratuitement en ligne.

Tu n’as pas besoin d’être un expert, ni de tenir un discours parfait. Tu as juste besoin d’être l’adulte à qui ton enfant sait qu’il peut tout dire. Respecter son consentement au quotidien, lui donner les mots, et lui répéter « je te croirai » : ce sont les trois gestes de prévention les plus puissants, et ils sont à la portée de chaque parent.
Sources
CIIVISE, rapport « Violences sexuelles faites aux enfants : on vous croit » (novembre 2023) et bilan de mise en œuvre des 82 préconisations (juin 2026), ciivise.fr — Fondation Marie-Vincent, marie-vincent.org (programme Lanterne, données de prévalence Hébert et al. 2009 ; Tourigny et al. 2008) — Association Mémoire traumatique et victimologie (Dre Muriel Salmona), memoiretraumatique.org — Loi n° 2021-478 du 21 avril 2021 visant à protéger les mineurs des crimes et délits sexuels et de l’inceste — Service national d’accueil téléphonique de l’enfance en danger (119), allo119.gouv.fr.
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