L’enfant manipulateur : un mythe dangereux

Les mots que nous utilisons pour décrire le comportement d’un enfant façonnent directement la manière dont nous réagissons.

Lorsque nous utilisons un vocabulaire qui prête des intentions malveillantes à l’enfant, nous le transformons inconsciemment en adversaire. Cette vision « gagnant/perdant » est exactement ce qui nous pousse vers le Plan A (l’imposition de la volonté) dont parle le Dr Ross Greene (voir deuxième tableau).

Voici le vocabulaire typique d’une approche où l’enfant est perçu comme un « ennemi » dans un rapport de force, classé par catégories :

1. Le vocabulaire de l’intentionnalité (L’enfant « complotiste »)

Ces mots supposent que l’enfant a les compétences pour bien faire, mais qu’il choisit délibérément de mal agir pour nuire à l’adulte ou le contrôler.

  • « Il est manipulateur » : Suggère que l’enfant élabore une stratégie machiavélique pour obtenir ce qu’il veut, alors qu’il utilise souvent le seul moyen (maladroit) qu’il connaisse pour exprimer un besoin ou apaiser une angoisse.

  • « Il le fait exprès » : Sous-entend un choix conscient d’agacer l’adulte.

  • « Il me cherche » / « Il teste les limites » : Donne l’impression que l’enfant mène une expérience scientifique sur la patience de l’adulte, plutôt que de voir qu’il est en difficulté face à une attente trop élevée.

  • « Il est provocateur » : Place l’action de l’enfant comme une attaque personnelle dirigée contre l’autorité.

2. Le vocabulaire du champ de bataille (Le rapport de force)

Ce champ lexical transforme l’éducation ou l’enseignement en une zone de guerre où il faut dominer pour survivre.

  • « Gagner / perdre » : « Si je ne le punis pas, il a gagné. » L’éducation devient un jeu à somme nulle.

  • « Céder » : Comme mentionné par le Dr Greene, céder est vu comme une défaite honteuse face à l’ennemi. Cela empêche l’adulte d’utiliser le Plan C (prioriser stratégiquement) par peur de paraître faible.

  • « Avoir le dessus » / « reprendre le contrôle » : Implique que la relation est une lutte pour le pouvoir et que l’adulte doit écraser la volonté de l’enfant.

  • « Tenir tête » : Décrit l’enfant comme un soldat ennemi qui refuse de capituler.

3. Le vocabulaire du jugement moral (L’étiquetage)

Ces termes s’attaquent à la personnalité de l’enfant plutôt qu’à la difficulté qu’il rencontre. Ils enferment l’enfant dans un rôle négatif.

  • « Il est paresseux » : Souvent utilisé pour un enfant qui fige ou évite une tâche parce qu’il n’a pas les compétences exécutives pour la démarrer ou la comprendre.

  • « Il est capricieux » : Minimise la détresse émotionnelle de l’enfant en la réduisant à une simple comédie théâtrale pour obtenir un objet ou un privilège.

  • « Il est insolent » : Se concentre sur le ton ou la forme (le manque de filtre ou de régulation émotionnelle) au lieu de chercher à comprendre le fond du problème.

4. La posture de l’accompagnement de l’enfant

Une première étape dans le changement de posture est de réviser ce que nous avons entendu quand nous étions des enfants (et que que nous avons intégré comme parent) et détecter les croyances qui alimentent cette posture (dans la presse, faire passer l’enfant pour un être à dresser et contrôler est encore très fréquent).

Le tableau ci-dessous peut aider à sortir de ce cercle de la domination et nous positionner en tant que « donneur de soins » et membre de l’équipe en s’orientant vers la recherche et le développement des compétences de l’enfant :


(tableau disponible ici)

5. Les situations à risques

La posture de domination est souvent un réflexe à identifier et modifier. Il se déclenche quand un évènement évoque notre modèle intégré (l’éducation que nous avons reçue, les croyances auto-validées) car la charge émotionnelle a contribué à graver ce comportement dans notre mémoire et la part de nous dominante/opposante s’exprime. Parmi ces situations, nous  trouvons les perceptions de conflits et nos réactions pendant ces conflits perçus. Il semblerait que nous n’ayons pas connaissances d’autres façons de procéder. Il en existe pourtant au moins 3 selon le Dr Ross Greene, auteur de « l’enfant explosif ».

Le tableau est disponible ici. 

Pour aller plus loin, voici l’intervention du Dr Ross Greene sur les 3 plans.

 

Et pour finir , voici l’extrait d’une interview avec la psychologue Joanna Smith sur les capacités cérébrales nécessaires pour manipuler:

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