Il se relève dix fois le soir : TDAH et sommeil, ce que montrent les études
Le pyjama est enfilé depuis une heure. Il s’est relevé trois fois pour boire, deux fois pour te dire un truc « super important », et il gigote encore sous la couette. Toi, tu es à bout. Lui aussi, d’ailleurs. Si ton enfant a un TDAH, sache une chose : cette scène n’est ni un caprice, ni un échec de ton autorité. Les chercheurs l’ont mesurée, et elle a des explications précises.
Ce n’est pas dans ta tête : les études sont nettes
En 2009, Samuele Cortese et l’équipe du centre du sommeil de l’hôpital Robert-Debré ont rassemblé seize études comparant le sommeil de plus de 700 enfants TDAH à celui de plus de 600 enfants sans TDAH. Résultat : plus d’opposition au moment du coucher, plus de difficultés à s’endormir, plus de réveils nocturnes. Et ce n’est pas qu’une impression de parents épuisés : avec des capteurs portés au poignet, on mesure aussi un endormissement plus long et un sommeil moins efficace. Le lendemain, ces enfants s’endorment aussi plus vite quand on leur propose une sieste en laboratoire. Autrement dit, ils sont réellement en manque de sommeil.
Selon les études, entre un quart et plus de la moitié des enfants TDAH ont des troubles du sommeil, et la proportion grimpe encore à l’adolescence.
Le piège, c’est que le manque de sommeil ressemble trait pour trait au TDAH : inattention, impulsivité, irritabilité, crises. Un enfant TDAH qui dort mal a donc des journées plus difficiles, qui rendent le soir encore plus agité. C’est un cercle, et on peut le casser par les deux bouts.
Pourquoi il n’arrive pas à s’endormir
Son horloge interne est souvent décalée
Le chercheur néerlandais Kristiaan van der Heijden a comparé des enfants TDAH qui peinent à s’endormir à des enfants TDAH qui s’endorment sans difficulté. Chez les premiers, la mélatonine (l’hormone qui signale au corps que c’est la nuit) est sécrétée plus tard, et ils s’endorment en moyenne près d’une heure plus tard. Leur horloge biologique est en retard. Quand tu l’envoies au lit à 20 h 30, son cerveau, lui, n’est pas encore prêt. Lui demander de « dormir maintenant », c’est un peu comme te demander de t’endormir une heure avant ton heure habituelle.
Le frein ne s’enclenche pas tout seul
S’endormir demande de ralentir : arrêter de bouger, laisser filer les pensées, ne pas répondre à chaque idée qui surgit. Or c’est précisément ce que le TDAH rend difficile. La journée a été un long effort de retenue. Le soir, quand les contraintes extérieures disparaissent, les pensées et le corps repartent.
Le traitement peut jouer
Une méta-analyse publiée dans la revue Pediatrics en 2015 (Kidwell et ses collègues) a réuni les essais qui mesuraient objectivement le sommeil d’enfants sous psychostimulants. Sous traitement, l’endormissement est plus long, le sommeil moins efficace et plus court. L’effet est plus marqué quand les prises sont nombreuses dans la journée, et il s’atténue avec le temps. Les auteurs ne disent pas d’arrêter le traitement, qui reste efficace et bien toléré dans l’ensemble. Ils disent d’en parler : horaires des prises, forme à libération prolongée ou immédiate, dosage. Ne modifie jamais un traitement de toi-même : c’est une discussion à avoir avec le médecin prescripteur.
Parfois, ce sont ses jambes
Le syndrome des jambes sans repos, c’est un besoin irrépressible de bouger les jambes, souvent avec des sensations désagréables, qui s’aggrave le soir et au repos et se calme quand on bouge. Plusieurs études cliniques le retrouvent associé au TDAH, mais le lien reste discuté : il n’apparaît pas dans une grande étude en population générale. Mais une méta-analyse d’enregistrements du sommeil (Sadeh, 2006) a trouvé une seule différence nette entre enfants TDAH et autres enfants : davantage de mouvements périodiques des jambes pendant la nuit.
Le fer entre aussi en jeu. Les jambes sans repos sont liées à un manque de réserves en fer (la ferritine). Plusieurs méta-analyses montrent que la ferritine est en moyenne un peu plus basse chez les enfants TDAH, même si toutes les études ne vont pas dans ce sens. Si ton enfant se plaint de ses jambes, dit qu’il a « des fourmis » ou ne tient pas en place dans son lit, parles-en au médecin, qui pourra faire doser la ferritine. Ne lui donne pas de fer sans avis médical : un surdosage est dangereux.
Certaines études relèvent aussi davantage de troubles respiratoires du sommeil chez ces enfants. S’il ronfle régulièrement, respire bouche ouverte ou fait des pauses respiratoires, c’est également à signaler.
La bonne nouvelle : agir sur le sommeil améliore aussi les journées
En 2015, Harriet Hiscock et son équipe ont publié dans le BMJ un essai mené auprès de 244 enfants TDAH de 5 à 12 ans en Australie. La moitié des familles a bénéficié de deux consultations et d’un appel téléphonique consacrés au sommeil : routine, environnement, stratégies comportementales simples. L’autre moitié a continué son suivi habituel.
Trois mois plus tard, les troubles du sommeil modérés à sévères concernaient 30 % des enfants accompagnés, contre 56 % dans l’autre groupe. Les symptômes du TDAH avaient diminué, les enseignants voyaient la différence en classe, et la mémoire de travail était meilleure à six mois. Une partie importante de l’amélioration des symptômes passait directement par le meilleur sommeil. Un an après, une partie des bénéfices tenait encore.
Deux rendez-vous et un coup de fil. Pas de médicament supplémentaire. C’est ce qui rend cette étude si encourageante : beaucoup de choses se jouent dans ce que la famille peut mettre en place.
Six leviers concrets
1. Des horaires réguliers, y compris le week-end. Une horloge interne déjà en retard se décale encore plus avec les grasses matinées. Garder des heures de lever proches tous les jours est l’un des moyens les plus efficaces de la recaler.
2. Joue avec la lumière. Le soir, baisse les lumières dans la maison une heure avant le coucher. Le matin, fais l’inverse : ouvre grand les volets, et si possible, quelques minutes dehors. La lumière du matin aide l’horloge à avancer.
3. Les écrans hors de la chambre, la caféine hors de la journée. Pas de téléphone, tablette ou console dans la chambre la nuit. Et attention aux sources de caféine cachées l’après-midi : sodas au cola, thés glacés, boissons énergisantes.
4. Une routine courte, toujours dans le même ordre. Bain, pyjama, dents, histoire, lumière. Pour un enfant TDAH, une routine visuelle (des images au mur, dans l’ordre) évite les rappels à répétition qui finissent en conflit. Prévois aussi un temps calme où il peut bouger doucement avant : certains enfants ont besoin d’évacuer avant de pouvoir se poser.
5. Ne fais pas du lit un champ de bataille. S’il passe une heure à lutter dans son lit tous les soirs, le lit devient le lieu de la tension. Il vaut parfois mieux décaler légèrement l’heure du coucher vers le moment où il a vraiment sommeil, puis l’avancer progressivement, quart d’heure par quart d’heure. Et jamais de punition liée au sommeil : on ne peut pas s’endormir sur ordre, encore moins quand on est stressé.
6. Parle sommeil au médecin. Ronflements, jambes agitées, endormissement de plus d’une heure qui dure depuis des semaines, effet du traitement : ce sont des sujets médicaux à part entière. La mélatonine peut aider certains enfants TDAH. Dans l’essai de van der Heijden, elle faisait gagner du temps à l’endormissement, mais n’améliorait pas le comportement. Les chercheurs eux-mêmes la réservent aux insomnies persistantes, une fois les habitudes ajustées. En France, l’ANSES déconseille les compléments alimentaires à base de mélatonine aux enfants et aux adolescents (avis de 2018). Si la mélatonine est utile, c’est au médecin de la prescrire : on n’en achète pas en vente libre pour un enfant.
Et si ton enfant s’effondre aussi en rentrant de l’école, les deux sont souvent liés. J’en parle ici : TSA, TDAH : pourquoi ton enfant s’effondre en rentrant de l’école.
Pour aller plus loin : Le TDAH & moi (enfant)
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Sources
Cortese, S., Faraone, S.V., Konofal, E., Lecendreux, M. (2009). Sleep in children with attention-deficit/hyperactivity disorder: meta-analysis of subjective and objective studies. Journal of the American Academy of Child and Adolescent Psychiatry, 48(9), 894-908.
Hiscock, H., Sciberras, E., Mensah, F. et al. (2015). Impact of a behavioural sleep intervention on symptoms and sleep in children with attention deficit hyperactivity disorder, and parental mental health: randomised controlled trial. BMJ, 350, h68.
Sciberras, E. et al. (2019). Sustained impact of a sleep intervention and moderators of treatment outcome for children with ADHD: a randomised controlled trial. Psychological Medicine.
Kidwell, K.M., Van Dyk, T.R., Lundahl, A., Nelson, T.D. (2015). Stimulant medications and sleep for youth with ADHD: a meta-analysis. Pediatrics, 136(6).
Van der Heijden, K.B., Smits, M.G., Van Someren, E.J., Gunning, W.B. (2005). Idiopathic chronic sleep onset insomnia in attention-deficit/hyperactivity disorder: a circadian rhythm sleep disorder. Chronobiology International, 22(3), 559-570.
Van der Heijden, K.B. et al. (2007). Effect of melatonin on sleep, behavior, and cognition in ADHD and chronic sleep-onset insomnia. Journal of the American Academy of Child and Adolescent Psychiatry, 46(2).
Sadeh, A., Pergamin, L., Bar-Haim, Y. (2006). Sleep in children with attention-deficit hyperactivity disorder: a meta-analysis of polysomnographic studies. Sleep Medicine Reviews, 10(6), 381-398.
Cortese, S., Konofal, E., Lecendreux, M. et al. (2005). Restless legs syndrome and attention-deficit/hyperactivity disorder: a review of the literature. Sleep, 28(8), 1007-1013.
Wang, Y. et al. (2017). Iron status in attention-deficit/hyperactivity disorder: a systematic review and meta-analysis. PLoS One, 12(1), e0169145.
ANSES (2018). Avis relatif aux risques liés à la consommation de compléments alimentaires contenant de la mélatonine.


