Comment élever des enfants émotionnellement intelligents ?
Nous souhaitons tous le meilleur pour nos enfants : qu’ils soient heureux, qu’ils réussissent, et qu’ils s’épanouissent. Pourtant, dans notre quête de bien-faire, nous oublions souvent un élément fondamental : l’intelligence émotionnelle. Dans sa conférence TEDx, l’éducatrice et auteure Lael Stone partage une perspective transformatrice sur la parentalité et l’éducation émotionnelle.
Le scénario de la tour détruite
Imaginez que vous avez 4 ans. Vous venez de construire une magnifique tour de blocs, fier de votre création. Soudain, un autre enfant surgit et la détruit d’un coup de pied.
La rage, la panique et l’impuissance vous envahissent. À ce moment précis, un adulte s’approche. Deux réactions sont possibles :
-
La réaction classique : « Ce n’est pas grave, arrête de pleurer, on va en reconstruire une autre. »
-
La réaction empathique : L’adulte se met à votre hauteur, vous regarde avec compassion et dit simplement : « Oh, raconte-moi ce qui s’est passé. »
Dans le second cas, l’adulte ne cherche pas à « réparer » la situation. Il offre un espace sécurisé pour ressentir. C’est la base de l’intelligence émotionnelle.
Les 3 mécanismes face aux émotions
Selon Lael Stone, la façon dont nos émotions ont été accueillies (ou non) durant notre enfance détermine souvent comment nous les gérons à l’âge adulte. Elle identifie trois mécanismes principaux :
1. La répression
Si, enfant, on vous disait « Arrête de pleurer » ou si on vous punissait pour vos pleurs, vous avez appris que vos émotions n’étaient pas les bienvenues. Vous les avez donc enfouies.
-
À l’âge adulte : Ces émotions refoulées ressurgissent souvent sous forme d’anxiété ou de dépression. On tente alors de les anesthésier par la nourriture, l’alcool, les écrans ou le surmenage au travail.
2. L’agression
Si vous avez grandi dans un environnement autoritaire où vous vous sentiez impuissant et sans voix, la frustration accumulée peut exploser.
-
À l’âge adulte : Cela se traduit par de la colère, de la violence, du harcèlement ou une autocritique sévère. C’est une réaction de défense face à un sentiment d’insécurité intérieure.
3. L’expression (La voie saine)
C’est le but à atteindre. Si vous avez grandi en entendant « Tu as le droit d’être triste, en colère ou joyeux, je suis là pour t’écouter », vous avez appris à traverser vos émotions.
-
À l’âge adulte : Face aux difficultés, vous savez chercher du soutien (amis, thérapie, journal intime, sport) pour ressentir l’émotion, la vivre, puis la laisser partir.
Comment changer la donne en tant que parent ?
Lael Stone, mère de trois enfants, avoue avoir cru au début que son rôle était de rendre ses enfants heureux tout le temps. Elle a vite réalisé que c’était impossible et épuisant.
Le véritable rôle du parent n’est pas de réparer, mais d’écouter. Lorsque votre enfant traverse une tempête émotionnelle, au lieu de chercher une solution immédiate, essayez cette approche :
-
Mettez-vous à sa hauteur.
-
Dites : « Raconte-moi tout. »
-
Écoutez sans juger, validez ses sentiments.
L’impact de l’écoute compassionnelle
Lael raconte une anecdote touchante : un soir, alors qu’elle était pressée, sa fille de 5 ans est arrivée en pleurs. Sa sœur aînée de 10 ans a pris le relais, l’a emmenée dans sa chambre et lui a dit : « Raconte-moi tout ». Elle a écouté les pleurs, puis les plaintes, jusqu’à ce que les rires reviennent. Quand Lael a demandé à sa fille aînée comment elle avait fait, celle-ci a répondu : « J’ai juste fait ce que tu fais pour moi. »
Les enfants ne peuvent pas devenir ce qu’ils ne voient pas. Pour qu’ils soient empathiques, ils doivent recevoir de l’empathie.
Vers une éducation du « monde intérieur »
La santé mentale de l’adulte prend racine dans l’enfance. Il est temps de valoriser le quotient émotionnel (QE) autant que le quotient intellectuel (QI).
Que ce soit à la maison ou à l’école, nous devons créer des environnements où les enfants se sentent en sécurité pour exprimer qui ils sont. Comme le suggère Lael Stone : « Et si nous priorisions la compréhension de notre monde intérieur ? Alors, le monde autour de nous aurait tellement plus de sens. »

