Pourquoi la relation compte plus que tout : Les leçons du Dr Gordon Neufeld

Dans un monde saturé d’informations, de méthodes éducatives et de conseils parentaux accessibles en un clic, nous avons parfois l’impression d’être perdus dans une forêt dense, incapables de voir l’ensemble du paysage. C’est sur ce constat que le Dr Gordon Neufeld, psychologue clinicien et expert du développement de l’enfant, ouvre sa réflexion. Sa thèse est simple mais révolutionnaire : la relation est le contexte indispensable à tout apprentissage et à tout épanouissement.

La forêt et les arbres : Perdre la vue d’ensemble

Le Dr Neufeld commence par une métaphore puissante. Bien qu’il aime les arbres, ceux-ci peuvent bloquer la vue. Aujourd’hui, si les « arbres » représentent les détails de l’âge de l’information, nous sommes tous perdus dans la forêt. Nous avons accès à plus de connaissances que jamais, mais nous risquons de perdre la perspective globale qui donne du sens à ces détails.

Son message central tient en deux mots : la relation compte (« relationship matters »). Nous sommes des créatures d’attachement ; nous aspirons à être ensemble et souffrons de la séparation.

L’humilité face à l’attachement : L’histoire des deux petits-fils

Pour illustrer son propos, le Dr Neufeld partage une expérience personnelle humiliante. Grand-père et expert reconnu (auteur de livres, diplômé), il s’est retrouvé à devoir s’occuper de ses deux petits-fils bébés.

Avec l’un, tout se passait à merveille. Avec l’autre, c’était un échec total. Malgré ses compétences, son amour et ses « bonnes techniques », l’enfant le rejetait et son intervention ne faisait qu’aggraver le stress du bébé. La leçon qu’il en a tirée est cruciale : ce que vous savez ou qui vous êtes (vos diplômes, votre statut) importe peu si vous n’avez pas le cœur de l’enfant.

« Nous n’avons jamais été conçus pour prendre soin d’enfants dont nous n’avons pas le cœur. »

Sans cet attachement, l’instinct de l’enfant est de résister, de s’opposer et de fuir, rendant toute éducation ou soin incroyablement difficile.

Le piège de la parentalité moderne

Le Dr Neufeld souligne un paradoxe moderne : nous avons des milliers de livres sur l’éducation, nous avons Google, nous avons plus d’experts que jamais… et pourtant, élever des enfants semble de plus en plus difficile.

Pourquoi ? Parce que nous cherchons des réponses techniques (« Que dois-je faire ? ») au lieu de comprendre notre rôle relationnel (« Comment puis-je être la réponse aux besoins de cet enfant ? »). Nous avons perdu le contexte culturel qui facilitait naturellement l’attachement entre les enfants et les adultes responsables d’eux. La culture d’aujourd’hui sert davantage l’économie (« le dollar ») que la relation humaine.

L’école et l’apprentissage : « Il ne m’aimait pas, donc je ne pouvais rien lui apprendre »

Les implications pour le système scolaire sont immenses. Le Dr Neufeld insiste sur le fait que la « maturité scolaire » (la curiosité, la capacité d’apprendre de ses erreurs, la gestion des émotions) n’est pas quelque chose qui s’enseigne, mais le fruit d’une maturation psychologique qui ne peut se produire que dans un contexte de sécurité relationnelle.

Il rappelle une vérité intuitive que les parents ressentent chaque rentrée scolaire : nous ne nous soucions pas tant des diplômes de l’enseignant ou de sa pédagogie, mais nous voulons savoir une seule chose : « Est-ce que mon enfant aime l’enseignant et pense que l’enseignant l’aime ? »

Il cite la légende de Socrate qui, face à l’échec d’un étudiant, aurait dit : « Je ne pouvais rien lui apprendre, il ne m’aimait pas ». L’apprentissage suit l’attachement. Nous imitons, écoutons et adoptons les valeurs de ceux auxquels nous sommes attachés.

Conclusion : Être plutôt que faire

Pour le Dr Neufeld, la solution ne réside pas dans une nouvelle technique pédagogique, mais dans la restauration de la relation enseignant-élève et parent-enfant.

  • Pour les parents : Ne cherchez pas tant « quoi faire » quand ça va mal, mais concentrez-vous sur « comment maintenir le lien ».

  • Pour les enseignants : Ce n’est pas ce que vous faites, mais qui vous êtes pour vos élèves qui compte le plus.

Comme il le conclut si bien, la nature a prévu que les enfants grandissent et deviennent indépendants, mais notre travail est de fournir le « ventre relationnel » (relational womb) qui rend cette croissance possible.

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