Olivier Maurel et le combat contre les Violences Éducatives Ordinaires (VEO)

Olivier Maurel est professeur agrégé de lettres, auteur et militant associatif pour la protection des enfants, figure centrale de la lutte contre les violences faites aux enfants. Fondateur de l’OVEO (Observatoire de la Violence Éducative Ordinaire), il a consacré une grande partie de sa vie à déconstruire les mythes entourant l’éducation traditionnelle (la fessée, les punitions corporelles) pour promouvoir une éducation bienveillante.

À travers une série d’entretiens filmés (les 3 vidéos sont à la fin de l’article), il expose les origines historiques de cette violence, ses conséquences physiologiques et psychologiques graves, ainsi que les solutions pour en sortir. Voici une synthèse de ses propos articulée autour de trois thématiques clés.

1. L’origine de la violence : Un héritage culturel, non une fatalité

(Basé sur la vidéo : Olivier Maurel – 2 – L’origine de la violence)

Olivier Maurel commence par définir la Violence Éducative Ordinaire (VEO) : il s’agit de toute violence (physique, verbale ou psychologique) commise avec une intention éducative, c’est-à-dire « pour le bien de l’enfant ». Contrairement à la maltraitance classique, elle est souvent faite « en toute bonne conscience ».

Il réfute l’idée que l’homme est naturellement violent. Il s’appuie sur l’histoire et l’anthropologie pour démontrer que :

  • Les chasseurs-cueilleurs ne frappaient pas leurs enfants : L’éducation se faisait par l’exemple. La violence éducative est un comportement « récent » à l’échelle de l’humanité, apparu probablement au Néolithique et confirmé par l’apparition de l’écriture (proverbes justifiant les coups) il y a environ 5000 ans.

  • L’enfant est un être social inné : Citant les travaux d’Hubert Montagner, il rappelle que les enfants, lorsqu’ils sont observés sans préjugés, manifestent spontanément plus de comportements d’entraide et d’empathie que d’agression.

  • Le lien avec les grands massacres : Maurel émet l’hypothèse que l’humanité est devenue capable de guerres et de génocides parce qu’elle a été frappée depuis des millénaires, désactivant ainsi l’empathie naturelle qui sert de frein à la violence chez les autres mammifères. Il prend l’exemple de l’Allemagne nazie, produit d’une culture (Luther, discipline prussienne) qui préconisait une éducation extrêmement dure pour « mater » l’enfant dès le berceau.

2. Les conséquences : Un désastre pour la santé et la société

(Basé sur la vidéo : Olivier Maurel -1- conséquences des violences éducatives ordinaires)

Dans cette partie, Olivier Maurel analyse l’impact biologique et psychologique des coups, même « légers » (fessées, gifles) :

  • Le stress toxique : Pour un enfant, être agressé par ses parents (sa base de sécurité) équivaut à un danger de mort. Ne pouvant ni fuir ni lutter, son corps subit un stress intense. Les hormones de stress, utiles pour la fuite, deviennent toxiques lorsqu’elles ne sont pas évacuées.

  • L’impact immunitaire : Le stress inhibe le système immunitaire. Un enfant souvent puni ou frappé devient plus vulnérable aux maladies, car son organisme est constamment en « mode survie » au détriment de ses défenses naturelles.

  • L’humiliation et l’auto-accusation : La violence physique et verbale humilie l’enfant. Contrairement à un adulte qui peut porter plainte, l’enfant a tendance à s’auto-accuser (« Si on me frappe, c’est que je suis mauvais »). Ce sentiment de nullité peut poursuivre l’adulte toute sa vie.

  • La perte d’esprit critique : Élever un enfant par la violence ou la soumission le prive de son autonomie de pensée. Cela crée des adultes obéissants, proies faciles pour les idéologies totalitaires ou les gourous, comme l’a illustré l’adhésion de nombreux intellectuels au nazisme .

3. Les solutions : Guérir et légiférer

(Basé sur la vidéo : Olivier Maurel – 3 – Les solutions face à la violence éducative)

Pour sortir de ce cycle infernal, Olivier Maurel propose des pistes concrètes :

  • Se réétablir soi-même : Les parents ayant subi des violences doivent faire un travail sur eux-mêmes pour ne pas reproduire ces schémas. Il faut oser regarder son passé en face et admettre que ses propres parents ont eu tort, sans nécessairement les accuser ouvertement, mais pour briser la chaîne.

  • Distinguer besoins et désirs : La bienveillance n’est pas du laxisme. Il faut satisfaire impérativement les besoins de l’enfant (affectifs, physiologiques), mais on n’est pas obligé de satisfaire tous ses désirs. On peut dire « non » sans violence.

  • L’interdiction législative (La loi) : Olivier Maurel insiste sur la nécessité d’une loi civile (non pénale) interdisant clairement de frapper un enfant, au même titre qu’il est interdit de frapper un adulte. Il cite l’exemple de la Suède où, après l’interdiction, l’opinion publique a basculé massivement en faveur de l’éducation sans violence en quelques décennies. ( cette loi est actée depuis 2019 en France)

  • Faire confiance à la nature humaine : Il conclut sur un message d’espoir, rappelant que notre cerveau est « câblé » pour la sociabilité et l’empathie. Retrouver cette boussole intérieure permet de construire des relations respectueuses.

Olivier Maurel nous invite à changer de regard sur l’enfance : l’enfant n’est pas un petit tyran à dompter, mais un être social à guider. La violence éducative n’est ni nécessaire ni anodine ; elle est une construction historique toxique dont nous avons aujourd’hui les moyens et le devoir de nous libérer.

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