L’impact de l’éducation sur le développement du cerveau de l’enfant (neurosciences affectives)

Pendant des décennies, l’éducation s’est principalement appuyée sur le développement des capacités intellectuelles et motrices de l’enfant. Mais une révolution scientifique récente bouleverse notre vision de l’enfance : les neurosciences affectives et sociales. Le Dr Catherine Gueguen, pédiatre spécialisée dans le soutien à la parentalité, nous explique comment nos comportements, nos mots et notre empathie modèlent littéralement le cerveau de nos enfants.

Qu’est-ce que les neurosciences affectives et sociales ?

Contrairement aux neurosciences cognitives (qui s’intéressent à des fonctions comme lire ou compter), les neurosciences affectives et sociales sont une discipline très récente apparue à la fin du XXe siècle. Elles étudient ce qui se passe dans notre cerveau lorsque nous éprouvons des émotions ou entrons en relation avec autrui.

La grande découverte de ces dernières années est sans appel : la façon d’être avec les enfants impacte profondément et biologiquement le développement de leur cerveau.

Le pouvoir biologique de l’empathie

Tous les chercheurs mondiaux s’accordent sur un point : pour que le cerveau d’un enfant se développe de façon optimale, il a besoin d’une relation empathique, soutenante, encourageante et aimante.

  • Le développement du cortex orbitofrontal : Cette partie très précieuse de notre cerveau est responsable de l’empathie, du sens moral, de la capacité à faire des choix et à réguler nos émotions. Lorsque l’enfant est encouragé et soutenu, cette zone se développe magnifiquement.

  • La sécrétion d’ocytocine : Prendre soin, consoler et câliner l’enfant libère l’hormone de l’empathie (l’ocytocine) et augmente les facteurs de croissance neuronale.

La fin du mythe des « caprices »

Il est essentiel de changer notre regard sur l’enfant. Jusqu’à l’âge de 5 ou 6 ans, le cerveau de l’enfant est extrêmement immature. Il est dominé par son « cerveau archaïque » et son « cerveau émotionnel ».

Lorsqu’un jeune enfant se roule par terre, mord ou hurle, il ne fait pas un « caprice » et ne cherche pas à manipuler l’adulte. Il traverse en réalité une véritable tempête émotionnelle qu’il est neurologiquement incapable de contrôler seul.

Les ravages des humiliations et du stress

La maltraitance émotionnelle, les punitions, et les mots qui dévalorisent, rabaissent ou font peur génèrent un stress intense chez l’enfant. Or, le stress provoque la sécrétion de cortisol, une hormone qui, à haute dose, est toxique pour le cerveau en développement :

  • Elle bloque la sécrétion de l’ocytocine.

  • Elle altère le développement du cortex préfrontal et diminue le volume de l’hippocampe (siège de la mémoire et de l’apprentissage).

  • Élever un enfant de façon sévère produit l’effet inverse de celui espéré : l’enfant risque de devenir insensible, anxieux, agressif, ou de développer à l’âge adulte des troubles dépressifs et des addictions.

Quelles solutions pour les parents et professionnels ?

L’empathie éducative n’a rien à voir avec le laxisme. Un adulte doit poser un cadre et transmettre des valeurs, mais sans passer par la violence ou l’humiliation.

  • Aider à verbaliser : Plutôt que de punir l’expression d’une émotion, il faut aider l’enfant à mettre des mots sur ce qu’il ressent (tristesse, colère, peur).

  • Développer les compétences psycho-sociales : Les professionnels de l’enfance et les parents doivent d’abord faire un travail sur leurs propres émotions pour devenir de véritables modèles.

  • Outils pratiques : La Communication Non Violente (CNV) et la méditation de pleine conscience sont aujourd’hui des pratiques scientifiquement reconnues pour apaiser l’esprit, prévenir l’épuisement des adultes et favoriser un bon développement cérébral chez l’enfant.

Le droit à l’erreur

Éduquer est la tâche la plus difficile au monde. Personne n’est un parent ou un éducateur parfait, et il est normal de commettre des erreurs. L’essentiel est de savoir les reconnaître, ce qui est très pédagogique pour l’enfant. Grâce à la formidable neuroplasticité de notre cerveau, il est possible de réparer, de résilier et de progresser à tout âge. Faisons de l’empathie notre meilleure alliée éducative !

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