Les écrans et le développement des jeunes enfants : Faut-il (vraiment) paniquer ?
Je vous propose de découvrir un décryptage sur le sujet ds écran basé sur la conférence du professeur Edouard Gentaz.
Aujourd’hui, l’omniprésence des écrans suscite un véritable désarroi chez les parents et les professionnels de la petite enfance. Mais que dit réellement la science sur l’impact de ces outils technologiques, en particulier sur les enfants de 1 à 4 ans, avant leur entrée à l’école primaire ? Dans une conférence éclairante, Edouard Gentaz, professeur de psychologie, dresse un état des lieux nuancé, loin des discours alarmistes ou, à l’inverse, trop complaisants.
Le décalage entre la technologie et la science
L’angoisse actuelle provient en grande partie d’un fossé temporel. Les technologies évoluent à une vitesse vertigineuse (des télévisions aux smartphones, en passant par les futurs objets immersifs ou connectés). À l’inverse, le temps de la recherche scientifique est très long.
Mener une étude rigoureuse, en suivant des enfants sur plusieurs années, prend un temps considérable. Ainsi, lorsque les résultats sont enfin publiés, les usages et les appareils ont souvent déjà changé. Ce décalage explique en grande partie pourquoi d’éminents chercheurs peuvent aboutir à des conclusions opposées (certains dénonçant une « fabrique de crétins digitaux » tandis que d’autres invitent à ne pas paniquer), laissant le grand public totalement perplexe.
Des effets réels, mais à relativiser
Les habitudes ont évolué : si, par le passé, la télévision était l’écran dominant chez les tout-petits, le smartphone a désormais pris le relais massivement. Mais quels sont les effets sur l’intelligence et l’acquisition du langage ?
Les grandes études épidémiologiques (comme la cohorte française Elfe) montrent que les écrans ont bien un impact négatif sur le développement cognitif et linguistique, mais que cet effet est modeste. Plus intéressant encore : lorsqu’on prend en compte le milieu socio-économique de la famille et les autres activités pratiquées par l’enfant, cet impact négatif diminue de 40 à 80 %. Toutefois, la « dose » et le contexte sont déterminants. Une consommation excessive ou le visionnage d’un écran durant les repas familiaux augmentent significativement les risques de retard de langage.
Le piège de la « Technoférence » parentale
L’un des impacts les plus insidieux des écrans concerne les interactions entre les parents et les bébés. Les jeunes enfants ont un besoin absolu de « synchronie » avec leurs figures d’attachement (échanges de regards, mimiques, sourires).
Or, les chercheurs ont mis en évidence le concept de « technoférence parentale ». Cela se produit lorsqu’un parent utilise son écran (comme un téléphone) au milieu d’une interaction avec son enfant (par exemple, en donnant le biberon). Cette intrusion coupe net la synchronie indispensable au bébé, le perturbant émotionnellement et freinant le développement de sa communication. De même, laisser la télévision allumée en bruit de fond perturbe grandement la qualité de ces échanges familiaux.
Vers des recommandations pragmatiques
Face à ces constats, faut-il bannir totalement les écrans ? Les chercheurs admettent que la règle absolue du « zéro écran » est devenue irréaliste pour la plupart des familles, et qu’elle engendre surtout de la culpabilité. Il est préférable d’adopter des règles de bon sens et des recommandations applicables :
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Limiter au maximum avant 2 ans, mais faire preuve de pragmatisme face à la réalité quotidienne.
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Contrôler le contexte : Interdire les écrans pendant les repas familiaux et le matin au lever.
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Privilégier le co-visionnage : Ne jamais laisser un jeune enfant seul face à un écran. Il est crucial de regarder le contenu avec lui, d’interagir et de mettre des mots sur ce qu’il voit.
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Être attentif aux contenus : S’assurer qu’ils sont adaptés et de qualité.
Des solutions positives : l’approche par les défis
Pour aider concrètement les parents, de nouvelles approches expérimentales voient le jour. C’est le cas des méthodes de « design participatif » mises en place dans certaines crèches genevoises. L’idée n’est plus d’interdire, mais de substituer : les familles s’engagent par défi à remplacer 30 minutes d’un temps d’écran jugé « problématique » par une autre activité fondamentale pour le développement (lire une histoire, bouger, jouer, bricoler ou cuisiner). En partageant leurs réussites et leurs astuces, les parents reprennent collectivement le contrôle.
Retenons que l’écran en soi n’est pas le danger absolu pour le jeune enfant. Le véritable risque réside dans le temps qu’il vole aux interactions humaines, aux jeux physiques et à l’exploration du monde réel, qui restent les véritables moteurs de son développement cognitif et émotionnel.

