Les clés de la parentalité positive pour des enfants épanouis (et des parents sereins)
Dans le cadre de l’émission « Confidences » sur France 3 Provence-Alpes-Côte d’Azur, la célèbre psychothérapeute et autrice Isabelle Filliozat s’est livrée sur son parcours, sa vision de l’éducation et les fondements de la parentalité positive. Avec plus d’une cinquantaine d’ouvrages traduits dans le monde entier, elle est aujourd’hui une figure incontournable de l’éducation bienveillante. Voici les grands enseignements à retenir de cet échange passionnant.
La parentalité positive : au-delà de la caricature
Souvent décriée ou mal comprise, la « parentalité positive » n’est pas une méthode miracle où le parent doit sourire en permanence et tout accepter. Isabelle Filliozat la redéfinit comme un équilibre subtil : un mélange de chaleur parentale, d’attention profonde aux besoins de l’enfant, mais aussi d’exigences et de repères clairs.
Contrairement aux idées reçues, la parentalité positive implique une véritable autorité. Cependant, elle distingue fermement l’autorité de l’autoritarisme. Selon elle, punir ou donner des ordres brusques est en réalité un aveu de perte d’autorité. L’usage de la force ou de la pression intervient lorsque l’adulte ne parvient plus à se faire écouter naturellement.
Le mythe du « caprice » et le développement du cerveau
L’un des messages phares d’Isabelle Filliozat est la déconstruction du « caprice ». Pour elle, ce concept n’existe tout simplement pas. Ce que les adultes perçoivent comme un caprice est en fait l’expression d’un besoin non compris ou le reflet de l’immaturité cérébrale de l’enfant.
Grâce aux neurosciences, on sait aujourd’hui qu’un enfant n’est pas un adulte en miniature. Avant 3 ans, un enfant n’a par exemple pas la capacité neurologique d’inhiber ses impulsions. S’il voit un objet interdit, il ne peut pas s’empêcher de le toucher. De plus, le cerveau de l’enfant comprend mal la négation. Au lieu de dire « Ne touche pas à ce placard » (qui l’incitera paradoxalement à le faire), il est plus efficace de formuler une consigne positive : « Ce placard reste fermé ».
Pourquoi crier est contre-productif ?
Beaucoup de parents ont l’impression que s’ils ne crient pas, l’enfant n’écoute pas. Pourtant, la physiologie nous montre l’inverse. Lorsqu’on hurle sur un enfant, son circuit de stress s’active. Face à ce qu’il perçoit comme une agression (un peu comme le rugissement d’un prédateur), le cerveau disjoncte et l’enfant se fige.
Plus étonnant encore, un petit osselet dans l’oreille moyenne (l’étrier) pivote physiquement pour bloquer les sons normaux et se focaliser sur les bruits graves du danger. L’enfant devient littéralement « sourd » à vos cris. La solution ? Se mettre à sa hauteur et lui parler doucement, voire chuchoter à son oreille.
Le pouvoir du câlin de 20 secondes
L’amour est le carburant de l’enfant. Pour recharger les batteries émotionnelles, Isabelle Filliozat rappelle l’importance du contact physique. Un véritable câlin (se serrer dans les bras) doit durer environ 20 secondes pour permettre au corps de sécréter de l’ocytocine. Cette hormone, souvent appelée « hormone de l’amour », aide à faire fondre le stress, la colère et l’énervement, permettant à l’enfant (et au parent !) de retrouver son calme.
Un enjeu global : des 1000 premiers jours au climat
Les convictions d’Isabelle Filliozat dépassent le cadre familial. Son expertise a d’ailleurs été sollicitée pour la COP 30. Le lien avec le réchauffement climatique ? Des enfants élevés sans violence, avec empathie et qui apprennent à réguler leurs émotions, deviendront des adultes responsables, non dissociés de leur environnement, et moins enclins à la surconsommation ou aux addictions.
Tout se joue dès le départ, notamment durant les 1000 premiers jours (de la conception aux 3 ans de l’enfant), qui constituent les fondations neurologiques et physiques sur lesquelles l’individu va se construire pour le reste de sa vie.
Une confidence touchante et un conseil de prévention
En fin d’interview, la psychothérapeute livre une anecdote personnelle forte. Enfant, lors de visites chez un cousin légèrement plus âgé, elle a été impliquée dans des jeux sexuels inconfortables (comme le strip-poker). Bien qu’ayant des parents psychologues extrêmement à l’écoute, elle n’en a jamais parlé.
Elle en tire une leçon cruciale pour tous les parents : il ne suffit pas d’avoir une relation ouverte. Il faut poser des questions précises. Ne vous contentez pas d’un « Est-ce que tu as bien joué ? », mais demandez : « À quoi avez-vous joué ? » et surtout « Est-ce que tu as fait quelque chose avec ton cousin qui t’a mis inconfortable ? ». Les enfants ont besoin que l’adulte ouvre la porte pour oser parler.


