Les 2 besoins vitaux de l’enfant selon Gabor Maté (et ce qui se passe quand on les ignore).

Dans un épisode bouleversant du podcast Métamorphose, le célèbre médecin canadien Gabor Maté jette un pavé dans la mare : et si nos maladies, nos dépressions et nos anxiétés n’étaient pas des erreurs biologiques, mais des réponses sensées à une culture toxique ? Retour sur un entretien qui change notre vision de l’enfance et de la guérison.

Nous vivons dans une société où être stressé, déconnecté de soi et constamment dans la performance est devenu la norme. Pourtant, dans son dernier ouvrage Le Mythe de la normalité, le Dr Gabor Maté explique que cette « normalité » est tout sauf naturelle. Elle est même à l’origine de nos maux les plus profonds.

Voici les 4 leçons essentielles à retenir de cet échange magistral.

1. Le traumatisme n’est pas ce que vous croyez

C’est sans doute le changement de paradigme le plus important proposé par le Dr Maté. Souvent, nous pensons que le traumatisme correspond à l’événement terrible (la guerre, un abus, un décès).

Gabor Maté corrige : « Le traumatisme n’est pas ce qui nous arrive, mais ce qui se passe en nous ».

C’est la blessure intérieure que l’on porte après l’événement.

Il distingue deux types de traumas :

  • Le Trauma avec un grand « T » : Les événements majeurs et violents (abus, négligence grave).

  • Le Trauma avec un petit « t » : Ce n’est pas ce qu’on nous a fait de mal, mais ce dont on a été privé. Un enfant peut être traumatisé simplement parce qu’il n’a pas été vu, compris ou validé dans ses émotions.

2. Le dilemme impossible : Attachement vs Authenticité

Pourquoi nous coupons-nous de nos émotions ? Gabor Maté explique que l’enfant a deux besoins vitaux :

  1. L’attachement : Le lien avec les parents pour survivre.

  2. L’authenticité : Être connecté à ses tripes et ses ressentis.

Le drame se joue lorsque l’environnement familial n’accepte pas l’enfant tel qu’il est (par exemple, un parent qui ne supporte pas la colère). L’enfant fait alors un choix inconscient de survie : « Si je suis authentique, je perds l’attachement. Alors je sacrifie mon authenticité pour garder l’amour ».

Ce mécanisme, vital dans l’enfance, devient la source de la pathologie à l’âge adulte. Nous devenons des adultes « gentils », coupés de nos vrais besoins, ce qui épuise notre système immunitaire.

3. Les femmes : les amortisseurs de la société

Le Dr Maté souligne une statistique alarmante : 70 à 80 % des maladies auto-immunes touchent les femmes.

Pourquoi ? Non pas à cause de la génétique, mais à cause du conditionnement social. On apprend aux femmes à être les « éponges » émotionnelles de leur entourage, à ne jamais dire non et à supprimer leur colère saine.

Or, réprimer ses émotions, c’est désarmer son système immunitaire. Comme l’explique Maté avec une métaphore frappante : « Une maladie auto-immune, c’est comme si l’armée suisse attaquait la Suisse ». Le corps se retourne contre lui-même à force d’avoir absorbé le stress des autres.

4. Addiction et TDAH : des antidouleurs, pas des maladies

Le regard de Gabor Maté sur les troubles mentaux est empreint d’une immense compassion :

  • L’addiction n’est pas un choix, c’est une tentative de résoudre une souffrance. Que ce soit la drogue, le travail ou le shopping compulsif, l’addiction apporte un soulagement temporaire (dopamine, apaisement). La bonne question n’est pas « pourquoi l’addiction ? », mais « pourquoi la douleur ? ».

  • Le TDAH (Trouble de l’Attention) est souvent un mécanisme de défense. Un enfant soumis à un stress intense qu’il ne peut ni fuir ni combattre va « s’absenter » mentalement. Ce « tuning out » devient un trait de caractère encré dans le cerveau.

La guérison est une reconnexion

Le message final n’est pas fataliste, au contraire. Si le traumatisme est une blessure, alors il peut guérir.

La guérison ne consiste pas à « réparer » quelque chose de cassé, mais à retrouver cette authenticité perdue. Cela passe par la reconnaissance de nos blessures (souvent stockées dans la mémoire implicite du corps) et par la compassion envers soi-même.

Comme le conclut magnifiquement Gabor Maté : « Personne n’est brisé. La vérité se trouve en chacun de nous ».

 

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