Cessez de vouloir être un parent parfait : Les véritables clés de l’éducation positive
L’éducation positive est souvent caricaturée et réduite à une forme de laxisme où l’enfant deviendrait un « enfant roi » tyrannique. Pourtant, comme l’explique Isabelle Filliozat lors de son dialogue avec Fabrice Midal, il s’agit en réalité d’un profond changement de paradigme. Entre l’autoritarisme d’hier et le laisser-faire redouté aujourd’hui, il existe une voie fondée sur la compréhension du développement de l’enfant, l’attachement et la régulation émotionnelle.
Voici les grands enseignements à retenir de cet échange pour repenser notre rôle de parent.
1. Déconstruire le mythe de la « provocation » et de l’enfant roi
L’une des croyances les plus tenaces, en partie héritée de la psychanalyse et de notre culture, est l’idée que l’enfant naît avec la volonté de manipuler ou de provoquer ses parents. Isabelle Filliozat rappelle une vérité fondamentale : aucun enfant ne désire être pénible de base. Les enfants naissent avec une envie profonde de coopérer, de répondre aux attentes et de s’intégrer.
Lorsqu’un enfant fait une crise, ce n’est pas pour « tester » ses parents. C’est le plus souvent l’expression d’un besoin non satisfait (faim, froid, fatigue) ou d’un stress qu’il n’arrive pas à réguler. L’étiquette d' »enfant roi » est donc trompeuse : un enfant perçu comme tel est en réalité un enfant qui manque de sécurité affective et de repères, et non le fruit de l’éducation positive.
2. Prendre en compte le mode de vie moderne
Avant de blâmer un prétendu manque d’autorité, il est crucial de regarder l’environnement dans lequel évoluent les enfants d’aujourd’hui. S’ils peinent parfois à réguler leurs émotions, c’est aussi parce que leur mode de vie a radicalement changé :
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Un manque de mouvement : Les enfants ne courent plus assez dehors et passent la majeure partie de leurs journées enfermés entre quatre murs, assis sur des chaises. Cela les empêche de développer leur musculature et le sentiment de contrôler leur propre corps.
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Les perturbateurs endocriniens : Présents partout (produits d’entretien, plastiques, etc.), ils altèrent le développement du cerveau des tout-petits et impactent directement leur intelligence et leur capacité de régulation émotionnelle.
3. Autorité versus Autoritarisme
L’éducation positive n’est pas une absence d’autorité. Au contraire, elle prône une véritable autorité parentale, mais qui diffère de la soumission par la peur.
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L’autoritarisme, c’est éduquer par la crainte, la contrainte et l’isolement (comme la pratique du « Time-Out » ou de la mise au piquet, qui suscite rage et désir de vengeance chez l’enfant).
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La véritable autorité est une « autorité de compétence ». L’enfant respecte et écoute son parent parce qu’il sait que ce dernier le protège et le guide avec justesse, à l’image d’un adulte qui connaîtrait le bon chemin pour se diriger.
4. Offrir un « Cadre » plutôt que de multiplier les « Limites »
Nous entendons souvent qu’il faut « poser des limites » aux enfants. Isabelle Filliozat préfère la notion de cadre. Le cadre définit un espace sécurisant dans lequel l’enfant peut s’épanouir et explorer librement. À l’inverse, l’interdit brutal attire irrésistiblement, comme l’illustre le conte de Barbe Bleue où la seule clé interdite devient l’obsession de l’héroïne.
Pour gérer la frustration sans coercition, l’auteure partage l’exemple du « jour de bonbons ». Plutôt que d’interdire les sucreries (ce qui crée de la frustration pure), elle a instauré une règle claire : les bonbons sont autorisés un seul jour par semaine. L’enfant apprend ainsi à différer son plaisir et à réguler sa propre frustration, tout en étant fier de sa réussite.
5. Parents : L’importance de l’autocompassion
La parentalité positive s’adresse autant à l’enfant qu’au parent. Si les parents « craquent » et se mettent dans des colères disproportionnées face à un lacet défait ou une mauvaise note, c’est parce que le comportement de leur enfant réveille leurs propres mémoires traumatiques et les émotions réprimées de leur propre enfance.
La clé pour éviter le burn-out parental réside dans la régulation émotionnelle et l’autocompassion. En apprenant à se regarder avec tendresse, à décoder son propre stress et à pardonner ses propres failles, le parent devient plus à même d’offrir cette même empathie à son enfant.

