Briser le silence : L’invisibilité des violences sexuelles sur mineurs
Les statistiques sont accablantes : en Europe, un enfant sur cinq est victime de violences sexuelles. Pourtant, ce sujet dramatique reste largement enveloppé de silence. Dans une conférence TEDx poignante, Véronique Coutance (sage-femme et sexologue) et Hélène Kozaczyk (avocate) unissent leurs expertises pour mettre en lumière ce fléau silencieux et nous inviter à changer radicalement notre regard sur les victimes.
L’histoire de Jeanne : Le mécanisme du silence
Pour rendre ces violences visibles, les intervenantes s’appuient sur l’histoire de Jeanne. Dans une classe de 25 élèves de CP, cinq enfants, comme elle, sont victimes. Dès l’âge de 6 ans, Jeanne subit les viols répétés de son grand-père. Incapable de réagir, elle est frappée de « sidération », un mécanisme de défense psychique où le cerveau « disjoncte » face à un risque perçu comme vital, empêchant toute fuite ou parole.
Le cerveau de Jeanne va ensuite utiliser l’amnésie traumatique pour la protéger. En effet, 59 % des victimes de violences sexuelles dans l’enfance connaissent des périodes d’amnésie. L’enfant oublie, mais son corps continue de parler : cauchemars, chute des notes scolaires, crises de colère ou troubles alimentaires deviennent les symptômes invisibles d’un mal ignoré par son entourage.
Le parcours du combattant et les failles du système
À 7 ans, Jeanne est de nouveau agressée par un moniteur d’équitation. Cette fois-ci, sa mère l’emmène au commissariat, mais l’enfant se heurte à un système judiciaire mal adapté. Les questions inappropriées et le vocabulaire inintelligible pour une enfant faussent son discours. Bien que moins de 6 % des enfants mentent lorsqu’ils dénoncent des faits de violence sexuelle, le manque de preuves matérielles conduit au classement sans suite de l’affaire, rendant la parole de Jeanne inaudible.
Les conséquences à long terme
Sans prise en charge ni écoute adéquate, les conséquences poursuivent les victimes jusqu’à l’âge adulte. À 16 ans, Jeanne subit un viol lors d’une soirée, et à 35 ans, elle se retrouve prise au piège de violences conjugales. Les statistiques le confirment : une femme victime de violences sexuelles et physiques dans l’enfance a 19 fois plus de risques d’être victime de violences sexuelles et conjugales à l’âge adulte. Le traumatisme engendre également des problèmes de santé chroniques, des dépressions et une profonde perte d’estime de soi.
Un appel à changer de regard
À travers d’autres exemples comme ceux de Rémy, d’Amélie ou de Gabriel, les intervenantes soulignent que les violences sexuelles touchent tous les milieux et peuvent mener au pire si elles restent ignorées.
Pour aider ces enfants et ces adultes brisés, il est impératif de rendre l’invisible visible. Cela nécessite une prise de conscience collective qui passe par :
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Reconnaître l’ampleur du problème dans toutes les strates de la société.
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Comprendre les mécanismes psychologiques (tels que la sidération et l’amnésie dissociative) qui expliquent le silence et les réactions parfois déroutantes des victimes.
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Être attentif aux signaux non-verbaux, car lorsqu’une victime ne peut pas mettre des mots sur son traumatisme, c’est son corps qui « hurle » la douleur.
En éduquant les familles, les enseignants, les médecins et les forces de l’ordre, nous pourrons enfin déceler ces signaux, libérer la parole et offrir aux victimes l’opportunité de se reconstruire et de retrouver une vie apaisée.
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