Les effets du stress sur le cerveau des enfants

Marine Manard
Marine Manard, neuropsychologue

Quels sont les effets du stress sur le cerveau des enfants ? Marine Manard, neuropsychologue et créatrice du magazine PSST (parentalité sans tabous) nous répond.

Le stress peut être défini comme suit : Réaction de l’organisme à une agression, un choc physique ou nerveux ; Situation de tension nerveuse excessive, traumatisante pour l’individu [1].

Le stress est donc un état qui va engendrer des effets physiologiques dont les plus populaires concernent l’axe hypothalamo-hypophyso-surrénalien. Ce système est impliqué dans la régulation biologique du stress, notamment via la production du cortisol, connue sous le nom d’hormone « du stress ». Les études portant sur les effets de la maltraitance (physique, psychologique, sexuelle, ou la négligence) ont permis d’observer des effets délétères de ce stress sur le développement des enfants, notamment au niveau intellectuel [2-3]. Par ailleurs, même chez les enfants ne présentant pas d’effets au niveau comportemental, la structure du cerveau semble pouvoir être impactée par la maltraitance de façon significative [4].

De façon intéressante, l’une des régions les plus étudiées est le corps calleux. L’implication de sa taille réduite au niveau fonctionnel n’est pas encore bien comprise. Toutefois, cela pourrait impacter la communication entre les hémisphères cérébraux [5]. De façon plus globale, la taille générale du cerveau semble réduite chez les enfants et adolescents ayant subi des traumatismes [6, voir aussi 7].

Chez des enfants n’ayant pas subi de maltraitance sévère, mais une éducation autoritaire, incluant notamment des punitions corporelles, des effets sont également observés sur le cerveau, avec un volume réduit de 15 à 20% selon les régions frontales étudiées [8]. Ces régions étant le siège de la cognition sociale et de l’organisation. Une autre expérience [9], portant sur des enfants ayant subi des violences verbales (sans autres maltraitances), observe une altération de matière blanche (les fibres reliant les neurones entre eux et la myéline) dans différentes régions du cerveau, dont le cortex temporal (lié aux capacités de compréhension et d’intelligence verbale), le cortex cingulaire et hippocampique (lié aux symptômes dépressifs, et à l’irritabilité du système limbique), ainsi que le fornix (lié à la somatisation et à l’anxiété).

Ainsi, au niveau structurel, l’éducation et les violences physiques, sexuelles, mais également émotionnelles ou encore la négligence semblent reliées au développement structurel du cerveau [10].

En termes fonctionnel, l’activité cérébrale semble également influencée par les expériences précoces de parentage et de maltraitance. Le placement en institution par exemple (associé à une négligence parentale et à une privation extrême), a été relié à une moindre activité cérébrale générale. En parallèle, l’abus physique et les maltraitances ont été associées à un traitement neuronal plus réactif des stimuli associés à la colère et à la punition.

En conclusion, il est normal que les études s’intéressent en priorité aux effets des maltraitances sévères sur le cerveau et le comportement. Toutefois, les études sur les styles parentaux émergent ces dernières années afin de mettre en évidence que les techniques parentales dites positives ou bienveillantes, dénuées de violence,

vont permettre de favoriser un développement cérébral, intellectuel et comportemental optimal.

Marine Manard

Références

[1] https://dictionnaire.lerobert.com/definition/stress

[2] Beers, S.R., & De Bellis, M.D. (2002). Neuropsychological function in children with maltreatment-related posttraumatic stress disorder. American Journal of Psychiatry, 159, 483–486.

[3] Moradi, A.R., Doost, H.T.N., Taghavi, M.R., Yule, W., & Dalgleish, T. (1999). Everyday memory deficits in children and adolescents with PTSD: Performance on the Rivermead Behavioural Memory Test. Journal of Child Psychology and Psychiatry, 40, 357–361.

[4] Teicher, M.H., Ito, Y., Glod, C.A., Andersen, S.L., Dumont, N., & Ackerman, E. (1997). Preliminary evidence for abnormal cortical development in physically and sexually abused children using EEG coherence and MRI. Annals of the New York Academy of Sciences, 821, 160– 175.

[5] Teicher, M.H., Tomoda, A., & Andersen, S.L. (2006). Neurobiological consequences of early stress and childhood maltreatment. Annals of the New York Academy of Science, 1071, 313–323.

[6] Mehta, M.A., Golembo, N.I., Nosarti, C., Colvert, E., Mota, A., Williams, S.C.R., Rutter, M., & Sonuga-Barke, E.J. (2009). Amydala, hippocampal and corpus callosum size following severe early institutional deprivation. Journal of Child Psychology and Psychiatry, 50, 943–951.

[7] Eluvathingal, T.J., Chugani, H.T., Behen, M.E., Juhasz, C., Muzik, O., Maqbool, M., Chugani, D.C., & Makki, M. (2006). Abnormal brain connectivity in children after early severe socioemotional deprivation: A diffusion tensor imaging study. Pediatrics, 117, 2093–1326.

[8] Tomoda, A., Suzuki, H., Rabi, K., Sheu, Y., Polcari, A., & Teicher, M.H. (2009b). Reduced prefrontal cortical gray matter volume in young adults exposed to harsh corporal punishment. NeuroImage, 47, T66–T71.

[9] Choi, J., Bumseok, J., Rohan, M.L., Polcari, A., & Teicher, M.H. (2009). Preliminary evidence for white matter tract abnormalities in young adults exposed to parental verbal abuse. Biological Psychiatry, 65, 227–234.

[10] Belsky, J., & de Haan, M. (2011). Annual Research Review: Parenting and children’s brain development: the end of the beginning. Journal of child psychology and psychiatry, and allied disciplines, 52(4), 409–428.

 

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