3 réactions à éviter face à la peur des enfants

Dans son livre « La parentalité imparfaite » la neuropsychologue Patricia Pereira aborde notamment le sujet de l‘accompagnement de la peur des enfants. Comme toute émotion, la peur est utile et apprendre à l’accueillir est une compétence essentielle tout au long de vie. Cette « relation » avec la peur est en effet susceptible de nourrir de l’anxiété à long terme, de dégrader la confiance en soi ou de ralentir l’autonomie du fait de l’évitement d’expériences pourtant propices au développement. Les peurs inexprimées ont aussi la capacité de rester « bloquées » dans la mémoire et réapparaître si un stimuli commun à l’expérience initiale est de nouveau perçu.

Le message clé à transmettre car il rend légitime l’émotion est :

« Tu as le droit d’avoir peur ».

Les réactions de l’adulte face à un enfant qui « vit » une peur sont donc à éviter. Par exemple :

  • Nier/minimiser la peur et se moquer de/humilier l’enfant  : « N’aie pas peur » « Tu es une poule mouillée » « À ton âge, on n’a plus peur de l’eau ! » : si les peurs de l’enfant ne sont jamais écoutées et respectées, il construira des croyances telles que « Je suis vraiment nul.le », « Ce que je ressens ne compte pas » « Je dois cacher mes émotions pour plaire aux autres/ou ne pas les décevoir »
  • Poser des étiquettes : « tu es peureux.se » Les étiquettes ancrent et cristallisent les comportements. Un enfant « peureux » se convaincra qu’il l’est et qu’il n’est pas capable de surmonter ses peurs.
  • Rassurer l’enfant sans l’écouter : « Oui,  ce chien est vraiment gros. Viens près de moi. Je te protège » Ces expressions  partent d’une intention louable de rassurer l’enfant mais en réalité il comprend qu’il n’est pas à la hauteur pour surmonter sa peur. Cette dernière gagne donc en puissance et l’enfant peut douter de lui et devenir dépendant des autres  car en insécurité permanente.

Alors, comment procéder pour accueillir la peur des enfants et les aider à développer leur confiance et leur autonomie ?

Patricia Pereira nous invite à tester des étapes dans une attitude d’écoute et d’accueil (en s’agenouillant par exemple pour être au niveau de l’enfant et lui proposer non verbalement du réconfort s’il en ressent le besoin) :

  1. Décrire sans juger les manifestations physiques de ce que traverse l’enfant « Je vois que tu tu trembles » « Oh, tes mains sont crispées » « Tu as sursauté » « tu es comme figé.e » . Cette mise en évidence des signaux corporels est un début de prise de conscience de la présence de la peur. Cela peut procurer un commencement d’apaisement qui rendra à l’enfant la capacité de raisonner et de parler.
  2. Valider l’émotion de l’enfant et le questionner « Je vois que tu ressens de la peur » « Ta peur est grosse comment ? »
  3. Le guider vers une solution qui lui est propre et qui le responsabilise : « Tu pourrais peut-être simplement t’approcher d’un pas de ce chien et l’observer ? » « Et si tu trempais juste un orteil dans l’eau ? » … Pour cela, je vous propose de tester des outils comme des roues des choix (idéalement créés avec l’enfant lors de jeux de rôle incluant une dissociation : « Que dirais-tu à une amie qui a peur du l’obscurité ? Notons ces proposition sur la roue si tu es d’accord ?)

Le travail incontournable de l’adulte 

Une notion importante à prendre en compte est que les peurs sont contagieuses. Si un parent ressent de la peur, l’enfant peut en capter les signaux même s’ils sont réprimés. Il est par conséquent essentiel de « s’occuper » de nos peurs d’adulte. Ce travail, si les peurs sont anciennes et fortes, nécessite souvent un suivi par un professionnel ou un thérapeute car cette catharsis est parfois douloureuse.

 

Patricia Pereira est Neuropsychologue ​dans la Vallée de Chamonix pour réaliser des bilans et des prises en charge neuro-psychologiques.

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