Punir n’est pas apprendre

Je vous invite à tester un petit jeu de simulation.

Considérez les jugements suivants : `

  • vous avez volé un objet au travail,
  • triché sur votre déclaration d’impôt,
  • critiquer un(e) collègue dans son dos,
  • vous avez cassé le téléphone de votre conjoint,
  • vous avez élevé la voix en réunion.

 

Problème : quelqu’un s’en est rendu compte. Et la sanction/punition va tomber…ou pas.

 

L’avocat de la défense de vos intérêts pourrait rétorquer en toute bonne foi que :

  • vous ne saviez pas que tout le matériel devait rester dans les locaux de l’entreprise.
  • vous pensiez avoir vraiment tout déclaré aux impôts.
  • vous ne critiquiez pas mais vous parliez simplement de cette collègue avec une autre personne, évoquant des solutions par rapport à un comportement qui vous déplait.
  • vous n’avez pas volontairement cassé ce téléphone. Il vous a glissé des mains.
  • vous aviez besoin d’être reconnu pour le travail que vous avez effectué

Donc on peut extraire les arguments ci-dessous de chaque situation :

  • manque d’informations
  • oubli/incompréhension des règles
  • intention positive mais mauvaise interprétation
  • maladresse
  • besoin de reconnaissance et d’écoute + émotions fortes

Ainsi, ses raisons sont on ne peut plus recevables et légitimes. Vous en conviendrez.

Si vous êtes sanctionné pour ce que vous avez a priori fait intentionnellement, que ressentirez vous ?

De la rancoeur ? Un désir de vengeance ? Une perte de confiance et d’estime personnelle ? Une envie de mentir et de dissimuler la prochaine fois ? Une pulsion d’accuser autrui ? De la colère et de la tristesse ? Une acceptation stoïque malgré l’apparente injustice ? Une culpabilité relative à votre intention positive de départ ? un doute : peut-être souhaitiez-vous vraiment causer du tort après tout ?

Cette sanction est-elle vraiment une leçon pour vous ? Avez-vous appris quelque chose de positif ? allez-vous agir par la suite sour la dictée de la peur de la sanction ? Avez-vous de nouvelles clés de comportement et êtes-vous motivé intrinsèquement pour les utiliser ?

 

Maintenant, imaginez que le « punisseur » potentiel, c’est vous, le parent, et que le « fauteur » potentiel, c’est votre enfant. Et adaptez les situations à votre quotidien familial.

Ne mèneriez-vous pas l’enquête pour connaitre les causes réelles du comportement que vous désapprouvez ?

Avant de punir quiconque, assurons-nous de plusieurs points essentiels :

  • les informations sont-elles connues de mon enfant (causes, conséquences, limites) ?
  • sait-il quels choix il a pour remplacer une solution désapprouvée ?
  • lui ai-je donné des consignes précises (règles) ou seulement des interdits ? Me suis-je assuré que le message est compris et admis ?
  • a-t-il toutes ses capacités ou est-il fatigué/ sous le coup d’une forme émotion/… ?
  • ai-je montré ce que j’attends et le fais-je moi-même devant lui ? (les enfants nous imitent) ?
  • ces besoins essentiels sont-il satisfaits ou cherche-t-il à les combler d’une façon maladroite ?
  • connait-il vos sentiments ?
  • lui-ai-je laissé le temps de s’entrainer et d’apprendre ?

 

Punir n’est pas apprendre. Punir, c’est conditionné et prêter des intentions négatives à un enfant (qui deviennent des croyances et des prophéties auto-réalisatrices). Punir, c’est ignorer les besoins de l’autre et ne pas prendre ses propres responsabilités.

C’est valable pour les adultes et pour les enfants.

 

Au lieu de punir,  on peut par exemple :

 

  • Découvrir le besoin de l’enfantLes comportements « inacceptables » du point de vue des parents sont en réalité des tentatives de satisfaction de ses besoins pour un enfant. C’est donc sur ce besoin qu’il est essentiel de concentrer notre réflexion et nos actions. La punition s’attaque aux conséquences (le comportement désapprouvé) mais non à la cause (le déclencheur de ce comportement). Cette recherche du besoin, plus difficile dans les premières années, est facilitée avec l’apprentissage du langage car il « suffit » alors d’écouter avec empathie et de questionner pour comprendre.

OUTIL : les pictogrammes des besoins sous forme d’affiche.

  • Faire un échange

    Si un enfant s’amuse avec un objet fragile, plutôt que de stopper son geste, de retirer brutalement l’objet, de crier et de s’exposer par là-même à une tempête émotionnelle contagieuse, substituez calmement l’objet du jeu à un autre acceptable. Ainsi, l’enfant pourra continuer à se divertir.

  • Modifier l’environnement

    Si vous répétez souvent les mêmes messages/interdits à votre enfant relatifs à des éléments de l’environnement, c’est qu’il est peut-être temps de se faciliter la tâche en modifiant l’environnement même.
    Si vous ne souhaitez pas qu’il touche à la télécommande, mettez-la hors de portée et disposez des sources d’exploration et de jeu au niveau de l’enfant. De la même manière, il est intéressant de délimiter une surface de jeu sécure (avec des gros coussins par exemple). Dans la même logique, si le coucher est compliqué, créez un environnement calme et apaisant : lumière douce, musique apaisante en sourdine, un livre de conte prêt à être lu, un rituel de gratitude, etc. La TV, les tablettes et autres activités excitantes n’ont pas leur place à ce moment-là.
    Idées d’adaptation de l’environnement :
    – utiliser des verres et des tasses en plastique
    – mettre sous clé les médicaments et autres objets dangereux
    – fermer les portes

  • Emettre un message « je » au lieu de « tu » de réaction (après un comportement)

    Le message « je » est très puissant. Il consiste à remplacer un reproche ou une accusation (sources de stress, de culpabilité et à l’origine de comportements de défense) par un message « je » précédé d’un descriptif de ce que nous voyons (sans porter aucun jugement).
    « Quand le volume de la télévision est trop élevé, je ne peux parler à papa. » Ainsi, l’enfant comprend que son aide est requise et l’adulte prend la responsabilité du problème tout en exprimant son propre ressenti.
    Les inconvénients de message « tu » : quand on dit par exemple « tu m’énerves », « tu me rends fou/folle », « tu m’as donné mal à la tête avec tes bêtises » :
    – on néglige/ignore les besoins d’autrui
    – on fait naitre la culpabilité et on blesse
    – on suscite l’envie de riposter sur le même ton et avec la même méthode d’avilissement
    – on déclenche des oppositions, des insultes et des disputes avec leur lot d’émotions désagréables
    – on affaiblit le lien affectif et on génère de l’insécurité
    OUTIL : le bonhomme OSBD

  • Emettre un message « je » au lieu de « tu » de prévention (avant un comportement)

    L’expression avec un message « je » responsabilise et développe l’autonomie de l’enfant. Il est encore plus efficace AVANT qu’un comportement ne se produise. En effet, cela permet à l’enfant de visualiser une situation future et de réfléchir aux solutions « acceptables ». Il s’agit tout simplement d’une demande appuyée par une expression émotionnelle.
    « J’aimerais que tu me préviennes lorsque tu ne prévois pas de rentrer tout de suite après l’école. Je me sentirai plus sereine. »
    Cette anticipation peut aussi prendre la forme de règles établies en collaboration avec l’enfant et affichées pour pouvoir s’y référer. L’enfant participe à l’élaboration et est donc plus engagé ainsi.

  • Ecouter l’enfant et faciliter la verbalisation émotionnelle

    Avant de parler, écoutons et montrons une attitude empathique pour permettre aux émotions excessives (qui bloquent les capacités de raisonnement) d’être libérées. Ecoutons donc et reformulons ce que nous entendons. Vous trouverez un exemple dans cet article sur l’écoute active.

  • Proposer des choix et convenir d’une solution qui satisfait tout le monde

    Afin de guider l’enfant vers une solution acceptable, proposez-lui des choix ou des solutions. Comme solution, il existe la réparation et l’excuse.

 

Pour finir, une citation que j’affectionne :

 

A lire : « Eduquer sans punir »

éduquer sans punir

 

 

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