C’est bien/ c’est mal : ces jugements qui enferment et manipulent les enfants

Alors que je lisais le livre de Marshall Rosenberg « Dénouer les conflits par la Communication Non Violente », j’ai soudain pris conscience du pouvoir de nuisance des jugements et autres étiquettes.

Des expressions comme « C’est bien/C’est mal », « C’est nul/ C’est super » « C’est beau/ C’est moche » imposent arbitrairement un point de vue aux enfants. Ils sont alors soumis finalement à une autorité qui  les empêche de se faire leur propre idée des situations qui pourtant les concernent directement et sont le carburant de leur développement .

Lorsqu’un parent (ou un adulte en général) juge ainsi catégoriquement et « binairement » le comportement d’un enfant, il le prive de plusieurs libertés: celle de choisir, d’assumer la responsabilité de ses actes, de se connecter à ses émotions et d’apprendre.

Le jugement tue même l’intuition et la prise d’initiative à long terme puisque des murs mentaux se mettent en place au lieu de laisser le choix du chemin, guidé par une boussole interne en construction (et dont la construction dépend précisément de la capacité à se faire sa propre opinion de ses expériences et à se connecter à ses émotions).

Les jugements enferment dans des réalités qui ne sont que celles de celui qui juge. Car toute réalité n’est, vous en conviendrez, qu’une interprétation. Interprétation teintée de croyances limitantes. Ainsi le « c’est bien » de l’un sera peut -être le « c’est mal » de l’autre. Et cela pourra donner lieu à des oppositions et des conflits entre deux individus d’horizons différents qui défendent leur schéma de croyance et cherchent à avoir raison !

Lorsque nous affirmons « c’est bien/c’est mal » à un enfant, nous imposons une cage de laquelle il sera difficile de s’extraire une fois adulte. Et cette cage se transmettra de génération en génération, créant quelques dégâts : violence, conflits, baisse d’estime de soi, conception d’un monde dominant/dominé, dépendance à une autorité (et recherche permanente de celle-ci), absence de libre-arbitre, intolérance, …

Bref, pour laisser la liberté de choisir et d’évoluer, je pense qu’il est surtout important d‘accompagner sans juger . En se plaçant à la hauteur de l’enfant, non au dessus comme un juge obstiné et omnipotent.

Les étapes de la Communication Non Violente permettent cela puisqu’elles favorisent l’observation de faits au présent (« Je vois… »), l’expression personnelle de sentiments (« Je ressens… »), l’identification des besoins (« J’ai besoin… ») et la formulation d’une demande claire pour répondre au besoin déficient. Chacun s’occupe ainsi de ses besoins plutôt que de tenter de contrôler/convaincre l’autre.

Je compléterai avec une citation de Marshall Rosenberg :

« Le langage statique transforme les êtres humains en chose dépourvues de vie. L’éducation statique privilégie les termes « juste/faux », « normal/anormal ». Cela coule de source qu’un homme ou une femme ayant grandi dans un tel univers sémantique admette qu’au sommet du système, une autorité décrète ce qui est juste et ce qui est faux. Il faut dresser les cerveaux humains dès leur plus jeune âge pour qu’ils fonctionnent ensuite dans de telles structures mentales. »

Dresser…je suis terrifié par l’image de ce mot associé à l’éducation … et pourtant, de telles systèmes sont déjà en place depuis fort longtemps. Ce sont des chaines devenues invisibles à force de banalisation.

Maintenant, soyons honnêtes, dès lors que nous interagissons avec les enfants, nous les influençons. Souvent cette influence est inconsciente et non verbale avec des micro-expressions du visage, des gestes, …mais je reste persuadé que si nous nourrisson l’intention d’être au même niveau que nos enfants plutôt qu’au dessus et que nous nous visualisons main dans la main en train d’avancer, les jugements et étiquettes diminueront naturellement.

L’autre déclencheur pour stopper le flux de jugements serait de se projeter à leur place, via l’empathie, et de s’interroger sur ce que nous ressentirions si nous nous entendrions dire ce que nous leur disons. Et cela soulève un dernier point :

quels sont les jugements dont nous souffrons, nous, adultes ? Quelles croyances limitantes ont-ils érigées ?

 

Les autres alternatives aux jugements et étiquettes dans l’éducation :

Voici une liste non exhaustive de façons d’éviter les jugements et étiquettes.

  • Décrire sans juger les actes et les conséquences naturelles des actes.
  • Proposer de vrais choix.
  • Interroger l’enfant : « qu’en penses-tu ? » « Que se passerait-il selon toi si…? »
  • Partager notre expérience sans comparer (comme une information).
  • Etablir des règles AVEC l’enfant.
  • Mettre en évidence les efforts de l’enfant en les décrivant ou en le questionnant avec une réelle curiosité.

Pour conclure, nous retiendrons peut-être ce slogan : « Juger moins pour libérer plus »

 

Je vous conseille la lecture de ce cahier pratique pour pratiquer la CNV en famille :

 

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